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Auto-édition  :
des écrivains témoignent

par | 64 commentaires

Ce que vous allez apprendre dans cet article :

  • Les raisons de s’auto-éditer
  • Le fonctionnement d’une publication en auto-édition
  • Les témoignages d’auto-édités satisfaits

Reconnaissance, ventes espérées, travail demandé… Connaît-on vraiment l’ auto-édition ? J’ai mené une enquête auprès d’écrivains auto-édités « qui s’en sortent ».

Il y a, dans l’auto-édition, des moments exaltants et d’autres pleins de déception. Certains d’entre vous ont peut-être déjà essayé cette voie, et ont royalement vendu deux exemplaires de leur livre. Ou alors, vous êtes devenu une valeur reconnue dans votre sphère d’écriture.

La diffusion est souvent le point critique de l’auto-édition. Sous quelle forme peut-on l’envisager, quelles sont les bonnes pratiques ? Lassés de « faire les libraires », beaucoup d’auteurs se tournent vers Internet et ses magnifiques possibilités de buzz. Cependant, l’auto-diffusion électronique est-elle intéressante pour promouvoir son livre ?

J’ai déjà évoqué la question de l’autoédition dans un autre article. Je voulais l’examiner de plus près, avec son annexe l’auto-diffusion. Mais vu l’abondance et la dispersion des sources, une enquête quantitative était quasiment impossible. J’ai voulu, pourtant, rassembler des témoignages, des points de vue, si possible contradictoires, dans un grand dossier qualitatif. Voici les résultats de cette étude, commencée cet été et menée auprès de 5 écrivains.

Diffusion par le net mais livre papier

Un constat initial s’impose : en plus d’une éventuelle version électronique, tous les auteurs de l’enquête proposent à l’achat la version papier de leur texte. L’auto-diffusion par le Net, oui, mais pas l’édition électronique exclusive. L’électronique est avant tout un moyen de promotion pour le papier.

L’un des écrivains de l’enquête a la chance de diriger sa propre structure professionnelle. Cela lui a permis d’« héberger » administrativement son produit-livre dans sa société, et lui a facilité les démarches administratives (demande d’ISBN etc.)

Techniquement, la plupart ont opté pour ce qu’on appelle l’impression à la demande : le tirage est préparé par l’auteur en suivant des formulaires en ligne, des spécifications imposées, et la commande est passée avec une interface automatique. En outre, le livre est proposé à l’achat sur le site de l’imprimeur. Simple et sans surprises.

Pourquoi s’auto-éditer ?

Tous les interrogés sont venus à l’auto édition après avoir démarché des éditeurs classiques. Ce démarchage, plus ou moins têtu, n’aboutit pas, et ce pour diverses raisons (refus d’éditer, faillite…) L’auto-édition, même si elle en conduit certains à des succès incontestables, résulte donc malgré tout d’un repli stratégique, d’un second choix.

Modestes ou réalistes, la plupart des écrivains interrogés avancent, comme cause de refus par les maisons d’édition, le faible potentiel commercial de leur ouvrage dans l’édition classique. En d’autres termes, une difficulté… de diffusion. Internet sera donc pour eux la solution de diffusion alternative.

Pourquoi, alors, refaire une tentative ? Un besoin intérieur, d’une part : la recherche d’une solution minimale pour faire exister le livre ; d’autre part, une poussée venue de l’extérieur. Pour l’un des écrivains, c’est en effet l’insistance d’un ami qui l’a conduit à faire un premier court tirage chez un imprimeur à la demande.

Pourquoi avoir choisi l’auto-édition ? Ici aussi, les raisons sont multiples :

  • une bonne réputation de cette solution dans les discussions sur Internet ;
  • la recherche d’une plus grande liberté éditoriale ;
  • ou au contraire le besoin de se simplifier les étapes techniques.
Auto-édition : se mettre dans le bain

Parfois, on a envie de nager un peu plus loin que les flotteurs en plastique rouge.

Quels moyens de promotion ?

Ici, les options retenues, ou plutôt les bouquets d’options, sont extrêmement variables. Comme la pomme quotidienne qui éloigne le médecin, une présence légère suffit pour faire connaître son livre, à condition de viser juste.

Dans ce domaine, le réseau social Facebook reste assez incontournable. Trois des cinq auteurs l’utilisent… avec prudence. L’un a créé une page Facebook « commerciale » portant son nom ; son profil (privé) est alors protégé de la curiosité abusive de ses lecteurs par un pseudonyme. L’autre utilise, pour sa promotion, à la fois une page et un profil Facebook.

Deux d’entre eux se servent aussi d’un site propre, dédié à leur activité. Ceci leur permet, là encore, de s’adresser à la communauté de leurs lecteurs et d’en recevoir les retours. L’un d’entre eux a même mis en place un panier pour vendre ses ouvrages en direct. Afin de séduire ces lecteurs, leurs sites proposent de nombreux goodies, des extraits, des avis, les couvertures…

Un seul auteur sur les cinq interrogés se sert, pour sa promotion, d’un blog proprement dit. Statistiquement, on s’en doute, la solution est cependant bien plus répandue.

La présence quelque part sur Internet n’est bien entendu pas suffisante pour se promouvoir correctement. L’un des auteurs indique qu’il est très actif sur les forums (forums littéraires, forums en rapport avec le thème de ses livres). Il essaie aussi de faire lire son livre à la blogosphère, pour créer le succès d’estime. Un autre s’est appuyé sur son carnet d’adresses.

Un autre encore a obtenu des articles de presse dans des journaux importants (presse papier spécialisée).

Aucun d’entre eux, même s’il développe des moyens de promotion propres, ne néglige sa présence dans le catalogue de son imprimeur à la demande.

Enfin, deux des auteurs avouent aller plus loin que l’auto-diffusion électronique… et démarcher en face à face quelques libraires de leur région !

D’une façon générale, ce qui se dégage de ces échanges est la grande imagination des écrivains auto-édités : se faire connaître est affaire de finesse et d’originalité. Peu importe, au fond, le canal de diffusion choisi.

Résultats

Même si les auteurs interrogés sont réticents à parler de chiffres, leur analyse de résultats demeure intéressante.

Plusieurs insistent sur la lenteur du décollage. Pour que la diffusion prenne, il ne faut pas ménager sa peine. Il faut agir quotidiennement, « mettre un pied dans la porte » sans devenir importun : tout un art ! Orgueil ? L’un d’eux remet les choses en place : « Il ne s’agit pas de vous, mais de votre livre. Il mérite d’être connu. »

Le résultat se construit sur la durée, l’écrivain ne doit donc pas rester le nez sur les tendances du jour. Sa communauté doit se constituer lentement mais durablement.

Deux chiffres de vente ont été fournis : l’un de 160 ex. en 3 mois, l’autre de 300 ex. Il s’agit dans les deux cas de romans généralistes vendus environ 15 €. Pour donner un point de comparaison, un livre diffusé en région par un éditeur classique se vend au minimum à 300-500 exemplaires. Une maison d’édition traditionnelle ne prendra pas ce risque. Pour un auto-édité, cela peut valoir le coup…

Difficultés de l’ auto-édition

Choisir la liberté éditoriale, c’est aussi accepter toutes les casquettes. Les auteurs interrogés le constatent, leur difficulté à tous a été de préparer correctement leur livre pour qu’il ait une qualité digne de la librairie.

Certains voient ces tâches de préparation comme des corvées, d’autres comme des moments exaltants. Parfois même les deux à la fois ! L’un des auteurs, pour sa part, conseille de se faire aider, de façon tout à fait maîtrisée : il préconise le recours à un correcteur, voire à un conseil éditorial pour les aspects les plus sensibles de l’édition (écriture du résumé de 4e de couverture ; création de la couverture…) Autant d’à-côtés à ne pas négliger.

Concernant la promotion proprement dite, un des sondés, spécialiste de Facebook, déplore les dernières évolutions de ce média social : « les portes se ferment de plus en plus sur Facebook (demandes d’amis limitées, contacts récents, blocage de la messagerie, fermeture des murs par de nombreux membres influents…) »

Enfin, tout comme je l’écris par ailleurs sur ce blog (et je continuerai de le marteler), l’écrivain doit se guérir de ses réflexes égoïstes naturels. Cela vaut pour la promotion de ses écrits : pour bien se promouvoir, il est essentiel de promouvoir les camarades. Pour attirer l’attention des autres, il faut faire attention à eux.

Moments forts dans l’ auto-édition

L’aventure de l’auto-édition est pleine de péripéties délicates ou formidables. Si vous aussi vous choisissez cette voie, attendez-vous à être surpris. Comment ? Écoutons les écrivains en parler :

Je me suis amusée à incarner mon personnage dans une adresse électronique. Olivier, le héros, pose une question au lecteur et demande une réponse à l’adresse aaa@hotmail.com. Cette adresse doublement fictive, je ne l’ai jamais créée. Eh bien récemment, j’ai parlé avec un lecteur qui s’étonnait que je n’aie pas reçu depuis longtemps déjà ses commentaires par courriel. Ils les avait envoyés à l’adresse d’Olivier sur Hotmail !

 

[certains] prennent de très très haut le misérable qui ose s’autoproduire, […] Un jour, j’ai demandé à être critiqué par un fanzine en ligne et là, quel sacrilège que d’être autoédité ! « Vous serez jugé comme n’importe quel auteur ! » m’a fait entendre le monsieur. Mais je ne demandais que ça !

 

Je parle d’une altiste virtuose dans le roman… et je n’en connais point. […] Mon portable sonne quelques minutes plus tard et je reçois une invitation à dîner. En dînant chez le monsieur et son épouse, j’apprends que cette dernière est une altiste de réputation internationale ! Elle deviendra quelques jours plus tard la soliste de mon roman.

 

[J’ai été invité à signer sur le stand de mon imprimeur à la demande…] 5 livres vendus en 3 heures ! De l’autre côté de l’allée, les gars du groupement des Éditions des pays de Loire buvaient une coupe de champagne à chacune de mes ventes, en poussant des cris. Ils avaient quatre cent beaux-livres sur leur présentoir et n’avaient pas réalisé une vente depuis six heures… Vraiment, ce que je préfère dans l’humanité, c’est les humains !

 

Je reçois de nombreuses demandes de contacts sur Facebook, sans toujours savoir d’où elles viennent. Juste après en avoir accepté une, la personne me dit : « Tu es trop drôle ! Tu es lesbienne, n’est-ce pas ? » On est toujours en contact, malgré ma réponse négative.

Enseignements

Dès que l’on demande à des écrivains de parler de leur pratique, on obtient autant de réponses qu’il y a de personnes… voire plus. Cette enquête qualitative sur l’auto-édition, on l’a vu, ne déroge pas à la règle.

Pourtant, quelques principes généraux se dégagent de notre petite plongée dans le monde des auto-édités :

  • La solution diffusion électronique/impression à la demande est un duo qui a fait ses preuves ;
  • L’auto-édition est une bonne alternative à l’édition traditionnelle, lorsque le manuscrit n’a pas une portée commerciale suffisante ;
  • La présence sur Internet utilise a priori trois canaux principaux : le catalogue de son imprimeur, Facebook, et les sites/blogs dédiés. À quoi s’ajoute une bonne dose d’imagination pour amener les lecteurs potentiels jusqu’à la page voulue ;
  • Les résultats sont lents à venir et, en volumes de vente, le plus souvent modestes ;
  • S’auto-éditer est parfois fastidieux, ce qui induit à sous-traiter certaines tâches comme la correction ou le conseil littéraire ;
  • L’auto-édition est pleine de surprises, parfois pénibles, mais souvent drôles !

Et toi, industrieux internaute ? Quelque chose à confirmer, à corriger ?

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