Ce que vous allez apprendre dans cet article :

  • dépas­ser les cli­chés du récit érotique
  • trou­ver votre propre écriture
  • pré­pa­rer vos scènes coquines à tra­vers le récit

Comment réus­sir une scène coquine et ne pas tom­ber dans le convenu ?

L’éro­tisme, la scène coquine (voire net­te­ment plus hard), est une bonne pierre de touche de l’écrivain.

On pour­rait croire que l’érotisme reste l’ultime espace de liberté, d’invention dans un récit. Hélas, le plus sou­vent, les auteurs parlent de sexe en convo­quant les pires lieux com­muns. Ils nous donnent de l’accouplement fade, des des­crip­tions mort-nées.

Or, dans l’écriture éro­tique tout spé­cia­le­ment, le conven­tion­nel, le déjà-lu éteignent tout plai­sir de lec­ture. Une scène de sexe trop ordi­naire dis­si­pera l’intérêt de votre lec­teur. Allons plus loin : elle gâchera votre histoire.

Comment sti­mu­ler la libido de vos lec­teurs ? Comment racon­ter des scènes éro­tiques qui sortent du lot ? Comment évi­ter les tue‑l’amour ? Enfilons nos grosses lunettes de conseiller lit­té­raire, et pen­chons-nous sur ces allé­chantes questions…

Oubliez vos pudeurs

La pudeur, explique Diderot dans un de ses pas­sion­nants petits mor­ceaux phi­lo­so­phiques, la pudeur est la défense de l’esprit qui craint de se retrou­ver en posi­tion de fai­blesse.1 Nous cachons nos sen­ti­ments tendres, nos ébats, car nous avons la peur ins­tinc­tive d’être sur­pris par un pré­da­teur au moment où nous per­dons la boule… Théorie qui a le mérite d’exister…

Le fait d’écrire sur le sexe est, pour la plu­part des écri­vains, aussi gênant que d’être vu en train de le pra­ti­quer. La crainte est par­fois fon­dée : je pense à une amie russe qui montre tou­jours, en trem­blant, ses romans à sa Mamouchka. Et elle a rai­son de trem­bler : la Mamouchka « bloque » sur les scènes de sexe, et menace sa fille de toutes les malé­dic­tions si elle ne met pas un peu d’eau dans sa vodka…

La pudeur est un empê­che­ment puis­sant, dans votre vie quo­ti­dienne comme dans votre vie de plume. Cependant, pour écrire des scènes éro­tiques, vous devrez joyeu­se­ment jeter votre culotte par-des­sus les moulins.

Comment faire ?

  • Prenez un pseudonyme
  • Soyez la main qui écrit, avant d’être l’esprit qui juge
  • Ne mon­trez plus vos textes à votre Mamouchka ! Trouvez-vous des bêta-lec­teurs de qualité.

Après tout, l’écriture ne peut pas être confor­table. Sachez vous mettre un peu, ou beau­coup, en dan­ger. Ce n’est qu’ainsi que vous goû­te­rez les plus sub­tils plai­sirs d’écrire.

Et puis, qu’est-ce que vous ris­quez… ? Assis sur votre chaise, devant votre écran, quel est le dan­ger ? Nous par­lons de lit­té­ra­ture, ne l’oubliez pas ; nous ne par­lons que de littérature.

Préparez votre scène érotique

La pré­pa­ra­tion est un outil sur­puis­sant à la dis­po­si­tion de l’écrivain. Les sur­prises, les révé­la­tions, les grandes scènes fonc­tionnent mieux si elles sont ména­gées en amont du récit. Les scé­na­ristes amé­ri­cains appellent cela « préparation/paiement ». Leurs homo­logues slaves parlent du fusil de Tchekhov  : selon ce dra­ma­turge, en effet, si on montre un fusil à un moment de la pièce, il faut qu’il serve à assas­si­ner quelqu’un avant le tom­ber de rideau.

En matière d’érotisme, l’attente est aussi un plai­sir. Elle est peut-être même l’essentiel de ce plai­sir… Ces deux-là arri­ve­ront-ils à se glis­ser ensemble sous les mêmes draps ? Même si on se doute très fort que oui, on fait comme si on ne le savait pas. On observe leurs pro­grès. On souffre quand le des­tin leur est contraire. On s’excite quand il leur est favo­rable. Plus les péri­pé­ties sont fâcheuses, les rap­pro­che­ments intenses, plus notre propre désir, notre désir de lec­teur-voyeur, aug­mente.

Sachez tra­vailler l’attente, ren­dez vos per­son­nages dou­lou­reu­se­ment dési­rables. Ciselez vos pré­li­mi­naires ; vos pré­li­mi­naires lit­té­raires, j’entends… Vos lec­teurs s’identifient à votre héros. Faites de son futur par­te­naire l’homme ou la femme qu’ils vou­draient mettre dans leur lit ; ren­dez la scène éro­tique dou­lou­reu­se­ment nécessaire.

Fignolez la situation

Je suis peut-être aty­pique, j’ai peut-être la libido bien com­pli­quée, mais en ce qui me concerne, j’ai tou­jours besoin de savoir pour­quoi mon­sieur et madame se retrouvent dans le même lit. Pourquoi dans ce lit ? Et pour­quoi un lit, d’ailleurs ? Qui sont-ils, quels sont leurs liens de parenté, d’amitié, de détes­ta­tion ? Quels sont leurs rap­ports de subor­di­na­tion ? Aux yeux de la société, ont ils le « droit » de cou­cher ensemble ? Y a‑t-il du dan­ger, de l’opportunité, de la sur­prise, de la contrainte, du défi, de l’émulation, de la gêne, de l’insolite, de la trans­gres­sion, du jeu, de la comé­die, du mys­tère… dans leur grande scène d’amour ?

Je cite plus loin des extraits de 3 scènes éro­tiques. Dans la pre­mière, nous nous trou­vons dans une île grecque. Une timide jeune fille du vil­lage va nager avec des tou­ristes… Dans la deuxième, le nar­ra­teur se retrouve la nuit, dans un parc, blessé. Sa com­pagne rentre chez eux et ramène la trousse de soins pour lui faire un pan­se­ment… Dans la troi­sième, un jeune fran­çais envoyé au pair en Angleterre se trouve seul avec la sédui­sante maî­tresse de maison…

Le récit du « frot­te­ment volup­tueux de deux intes­tins » (merci Marc-Aurèle) peut assez vite atteindre ses limites. Mais si vous soi­gnez le « com­ment », votre récit, même banal, en sera transfiguré.

Vous êtes écri­vain : offrez-nous des situa­tions savou­reuses. Nous devons nous dire, à chaque page, que nous nous lisons notre der­nière his­toire avant la fin du monde ; que nous avons bien fait de nous inté­res­ser à vos per­son­nages. Ne vous repo­sez pas sur le carac­tère natu­rel­le­ment attrac­tif d’une « scène de cul ». Soignez vos situa­tions : cette scène n’intéressera pas parce qu’elle parle de sexe ; elle inté­res­sera parce qu’elle raconte aussi autre chose.

Soyez vous-même !

Académisme de la scène coquine

Il y a la manière cochonne, où l’auteur dit tou­jours qu’elle suce très bien, c’est obligé, avec d’autres pré­ci­sions tech­niques, et puis des gros mots de temps en temps (…) Il y a la manière bar­ba­ra­cart­lan­dienne, avec des phrases simples et par­tout des mots comme « marin » ou « avia­teur » (mais pas « homme-gre­nouille », on ne sait pas pour­quoi.) Et aussi des mots comme « vie », « homme », « femme », « cœur » (…) (jamais « pan­ta­lon », on ne sait pas pourquoi.)

Ces quelques lignes sont tirées de La lit­té­ra­ture sans esto­mac2 de l’excellent Pierre Jourde, à pro­pos de Camille Laurens. Mettons de côté l’aspect sati­rique du pas­sage, et arrê­tons-nous sur une idée fort inté­res­sante : il existe un aca­dé­misme de la scène d’amour. Une manière clas­sique, faite d’un peu de per­ver­sion, d’eau-de-rose, de « duras­sique » (l’air pro­fond) et de « freu­do­la­ca­ne­ries » (jeux de mots – soi-disant – signifiants).

Cette écri­ture qui semble « libé­rée » parce qu’elle parle de tout, s’est enfer­mée dans un cor­set bien serré ; elle parle de tout, peut-être (et encore…), mais elle en parle tou­jours de la même manière. Loin du trash, de la gau­loi­se­rie, loin de l’extravagance, du sexe dro­la­tique… Elle reste bien au milieu, à bonne dis­tance des extrêmes, des expé­ri­men­ta­tions, des tentatives.

Cette écri­ture nous res­sert, sans cesse, ses petits travers :

  • La nar­ra­tion entre­cou­pée, éga­rée, hale­tante, cen­sée tra­duire la mon­tée vers l’orgasme3
  • Le cli­ché4 ; je publie­rai un jour un article sur les cli­chés lit­té­raires. Pour faire vite, le recours au cli­ché n’est pas seule­ment un pro­blème de forme : il affai­blit votre pro­pos ; quand on écrit avec les mots de tout le monde, on pense moins bien, et on écrit la même chose que tout le monde…
  • Les figures impo­sées  : rien de plus convenu, cho­ré­gra­phié que les scènes éro­tiques des écri­vains d’aujourd’hui. L’amour après le des­sert, la fel­la­tion… La fel­la­tion serait sym­bole de libé­ra­tion sexuelle, dit-on. Mais qui scan­da­lise-t-elle encore ? La « pipe de roman » ne fait même plus rosir les rosières !
  • Le mys­ti­cisme flou  : la scène d’amour doit désor­mais faire entre­voir le divin. Les scènes de sexe conven­tion­nelles sont par­se­mées de « oui », cen­sés signi­fier une sorte d’acceptation cos­mique. Mais le cos­mique, c’est comme le foie gras : à la longue, ça colle quand même un peu au palais…
Ecrire une scène coquine
Les mots dans votre scène coquine : pré­fé­rez un flo­ri­lège bien choisi, à un grand tas bourré.

Racontez le sexe à votre façon

Dans les scènes éro­tiques, comme dans toutes les sortes de scènes, il s’agit avant tout d’être vous-même ; de dépas­ser les réflexes d’écriture. Tout est à inven­ter, tout est à retrou­ver. Cherchez vos connexions intimes avec le sujet, iden­ti­fiez vos influences cultu­relles cachées. Ne soyez plus un cha­meau, soyez un lion, en atten­dant de rede­ve­nir un enfant. Pour un sujet aussi émi­nem­ment intime que l’érotisme, reve­nez à vos propres envies, à vos propres fan­tasmes ; ce ne sont pas for­cé­ment ceux de Camille Laurens et de ses nom­breux clones…

Des exemples ? En voici trois. Ces trois auteurs, connus ou moins connus, ont appris à racon­ter le sexe à leur façon.

Chez Anaïs Nin5, nous avons la des­crip­tion simple, presque naïve, par­fois mal­adroite, de ce qui se passe. Le récit ne se com­pose de rien d’autre que de ces des­crip­tions. Il entre­tient l’objectivité, avec des accents de ten­dresse. Il montre un magni­fique tra­vail sur les gestes, les jeux, la situa­tion, les inten­tions de chaque ins­tant. Nin raconte à petites touches, sans exhaus­ti­vité. Elle ne parle pas de l’orgasme, parce que ce n’est qu’une anec­dote dans une scène heu­reuse (« la mer les recou­vrit »). Elle se passe de toute méta­phore, de tout adjec­tif. Et puis… elle met la femme au centre de l’action.

Chez Henry Miller6 on trouve une sexua­lité bien mas­cu­line, mais sur­tout très per­son­nelle. Les situa­tions sont extra­va­gantes, on s’échange des mots lou­foques, on prend des risques. On com­pare les sen­sa­tions à des réfé­rents tota­le­ment incon­grus. On fait l’amour, et autre chose en même temps ; on y va tou­jours avec une cer­taine non­cha­lance. Le lec­teur garde tou­jours un demi-sou­rire ; il y croit moins qu’à moitié.

Pourtant, à chaque fois, Miller nous construit la scène de sexe comme la plus belle séance de baise de toute sa vie. Le sen­ti­ment amou­reux n’est pas tou­jours pré­sent, mais ses moments de sexe sont pro­fon­dé­ment riches et humains. C’est un jeu joyeux entre petits salauds.

Dans le texte (à ma connais­sance inédit) d’un cer­tain Prince de la Moule7, on trouve un bon paquet d’iro­nie et une belle maî­trise de la mise en scène. Le style mélange tour­nures d’argot à la San Antonio, et inven­tions lit­té­raires. La situa­tion, un jeune gar­çon qui perd son puce­lage dans les bras d’une femme mûre lors d’un voyage lin­guis­tique, sort net­te­ment de l’ordinaire ; un cock­tail très per­son­nel, pour une scène qui interpelle.

À retenir

Dans une époque où l’érotisme n’a plus rien de cho­quant, et n’est plus trans­gres­sif en soi, com­ment, mal­gré tout, écrire du sexe qui émoustille ?

Je vous pro­pose quelques prin­cipes simples :

  • Travaillez sur vos pudeurs ; met­tez-vous en dan­ger… et dégus­tez le risque !
  • Sachez faire mon­ter l’attente : tout le plai­sir en provient ;
  • Mitonnez-nous des situa­tions éro­tiques « aux petits oignons » ;
  • Regardez en vous-même : pour racon­ter l’intimité des autres, connais­sez la vôtre.

Et toi, hypo­crite inter­naute… Parle-moi de tes scènes coquines, celles que a ado­rées lire, ou écrire.


1. « La pudeur ? […] – L’homme ne veut être ni trou­blé ni dis­trait dans ses jouis­sances. Celles de l’a­mour sont sui­vies d’une fai­blesse qui l’a­ban­don­ne­rait à la merci de son ennemi. » (Supplément au voyage de Bougainville, Denis Diderot)

2. La lit­té­ra­ture sans esto­mac, Pierre Jourde, L’Esprit des Péninsules, 2002. ↑

3. « Sa queue sur mon ventre nu, sa langue sur mes seins, sa volonté, son désir, ma robe bleue par terre comme un décor de pis­cine, comme les tis­sus de soie dont on fait la mer au théâtre, le bruit de l’eau, l’odeur du chlore, dan­ser, nager, plon­ger, vivre, oui, main­te­nant, non, pas main­te­nant, hier, yes, yes­ter­day. » (C. Laurens, encore, citée dans Le Jourde et Naulleau, pré­cis de lit­té­ra­ture du XXIe siècle, Pierre jourde, Eric Naulleau, Mots et Cie, 2004.) ↑

4. À pro­pos du terme « queue » uti­lisé dans le pas­sage ci-des­sus, nos deux cri­tiques notent : « Terme libéré, pour dési­gner le membre viril. Présente l’avantage d’animaliser légè­re­ment le coït (indis­pen­sable : faire l’amour comme des bêtes). Dans les scènes d’amour lit­té­raires contem­po­raines, on dira géné­ra­le­ment « queue » ou « bite ». À évi­ter : « sa biroute sur mon ventre nu » ou « sa bis­tou­quette sur mon ventre nu ». » ↑

5. (Maria joue avec Evelyn dans la mer) « Soudain, elle sen­tit entre ses jambes quelque chose qui n’était pas une main, quelque chose de si inat­tendu, de si gênant, qu’elle se mit à crier. Ce n’était pas Evelyn mais un jeune homme, le plus jeune frère d’Evelyn, qui avait glissé son pénis en érec­tion entre ses jambes. Elle cria mais per­sonne ne pou­vait l’entendre, et, en réa­lité, ses cris n’étaient qu’une comé­die qu’elle avait bien mise au point. En vérité, l’étreinte du jeune homme lui sem­blait aussi douce, chaude et cares­sante que le contact de la mer. L’eau, le pénis et les mains qui la tou­chaient éveillaient sa sen­sua­lité dans tout son corps. Elle essaya de s’échapper. Mais l’adolescent nagea sous elle, la cares­sant, s’accrochant à ses jambes et, venu par der­rière, la che­vau­cha. » (Venus Erotica, Anaïs Nin, le Livre de Poche, 1969.) ↑

6. « La nuit était chaude ; je m’allongeai sur le dos et contem­plai les étoiles. Une femme passa, mais ne remar­qua pas ma pré­sence. Ma pine pen­dait tou­jours dehors et recom­men­çait à s’émouvoir sous la tié­deur de la brise ; et elle était toute fré­mis­sante et bon­dis­sante, quand Mara revint. Mara s’agenouilla à côté de moi, avec ses pan­se­ments et sa tein­ture d’iode. Mon vit la regar­dait sous le nez. Elle se pen­cha et le goba avi­de­ment. Je repous­sai la phar­ma­cie et je fis bas­cu­ler Mara par-des­sus moi. J’avais déjà lâché ma bor­dée, qu’elle conti­nuait à jouir, orgasme sur orgasme, au point que je pen­sais qu’elle n’en fini­rait jamais. » (Sexus, Henry Miller, Buchet-Chastel, 1968.) ↑

7. « Elle est allon­gée sur le lit. Ce coup-ci, elle a retiré son slip et j’aperçois sa toi­son d’or. C’est une vraie blonde et moi, je suis un vrai con. Si jamais j’essaie de des­cendre à la cave, j’ai toutes les chances d’arroser le plu­mard avant de pré­sen­ter nou­nours au mar­chand de sable. Elle me fait signe de m’allonger à côté d’elle. Comme dans un ralenti dans un film d’Alfred Hitchcock, je vois le Prince de la Moule se redres­ser alors que le reste de mon corps s’approche du lit. Elle s’écarte. Je suis à côté d’elle. Elle presse ses lèvres contre les miennes. Ses seins frôlent mes pec­to­raux sous-mus­clés. Sa main gauche me flatte la fan­tai­sie. Elle passe sa jambe gauche au-des­sus de mes gui­boles et je me dis que d’ici quelques secondes, je connaî­trai enfin le Secret de la Vie. » ↑

34 commentaire

  1. lael says:

    voilà un sujet brûlant ^^

    J’aurai juste envie de rebon­dir sur le fait que pour n’importe quelle scène, et encore plus peut être quelque chose de si per­son­nel, on est for­cé­ment influencé par ce qu’on connait, et lorsqu’on a, disons, peu de vécu en la matière, on se tourne vers les réfé­rences cultu­relles, et bam, voilà le cli­ché qui arrive. Ou alors on libère les fan­tasmes et ça devient pas très lisible et encore cli­ché ! Pas simple XD

    1. Il y a une solu­tion que je n’ai pas signa­lée, pour ne pas pas­ser pour un méchant pisse-froid, et pour­tant elle existe : il est pos­sible aussi de faire l’impasse sur les scènes d’amour (« Retirons-nous sur la pointe des pieds : le reste de la nuit leur appar­tient… ainsi qu’à tous les voi­sins de leur HLM surpeuplé »).
      Blague à part, si vous n’osez ou ne savez pas, il est plus pru­dent de ne pas raconter…

  2. Loann says:

    Difficile de faire moins éro­tique qu’une scène de viol et pour­tant les mêmes pro­blèmes de voca­bu­laire se posent. Il y a trois ans j’avais essayé d’écrire une nou­velle là-des­sus mais c’est d’autant plus dif­fi­cile qu’étant un homme (hum !) je n’ai pas les craintes que peuvent avoir les femmes ; je dois me conten­ter d’imaginer.

    1. J’avoue ne pas avoir de réponse pour cette situa­tion-là, moi non plus. Je connais un écri­vain qui a renoncé tout sim­ple­ment à écrire des his­toires ayant une scène de viol, car il attei­gnait les limites de ce qu’il pou­vait imaginer…

  3. Olivia says:

    C’est vrai qu’il y a encore quelques années, voire quelques mois, je n’osais en écrire, sur­tout par peur de ce que mes proches en pen­se­raient. Depuis que j’ai dépassé cette appré­hen­sion, je trouve que c’est une scène comme une autre. 😉 C’est amu­sant de lire votre article main­te­nant alors que j’ai rédigé une courte
    http://desirdhistoires.wordpress.com/2012/05/25/silence/
    la semaine pas­sée, pour mon jeu d’écriture heb­do­ma­daire (écrire un texte avec des mots impo­sés par les lec­teurs – ce qui explique cer­tains détails).

  4. caro30 says:

    Bonjour,

    Pour en reve­nir aux scènes éro­tiques, c’est quelque chose d’assez per­son­nelle. J’ai écrit pas mal de scènes pour des his­toires dif­fu­sées gra­tui­te­ment sur le net. La pre­mière scène que j’ai écrite, je rou­gis­sais ou rigo­lais ner­veu­se­ment pen­dant toute l’écriture, j’ai mis du temps à avouer à mon mari que j’écrivais des his­toires à carac­tères éro­tiques, et encore plus de temps à ma mère qui est plu­tôt ouverte, mais c’est vrai­ment très per­son­nelle comme écri­ture. La peur aussi de pas­ser pour une « per­verse »qui aime le sexe. Mais au fur et à mesure que j’en écri­vais, j’étais de plus en plus décom­plexée, ça venait natu­rel­le­ment, bien sûr ça m’a valu quelques cha­leurs au niveau des joues, enfin pas qu’au niveau des joues^^, mais plus aucune honte et vous vou­lez la vérité :

    Les gens aiment le sexe et les femmes encore plus xD. J’ai une majo­rité de lec­trices, elles sont tota­le­ment décom­plexées par rap­port à ça, du moins der­rières leurs écrans. En même temps, je ne dis pas qu’il faut écrire des scènes de sexe pour faire des scènes de sexe et avoir des lec­teurs. Mais je connais énor­mé­ment de livre qui ont eu leur franc suc­cès grâce à cette par­tie non négligeable.

    Même si elles n’iront pas le crier sur le toit.

    La société est un frein il faut bien l’admettre, ce n’est pas « conve­nable » et quand ma mère a lu mon manus­crit, je me suis plan­quée un moment. Rendez-vous compte, sa fille écrit des scènes de sexe ou lemon comme on dit sur le net ! Et fina­le­ment je me suis inquié­tée pour rien.

    Mais après tout le sexe fait bien plus par­tie de la vie que le meurtre, c’est à espé­rer du moins.

    j’ai écrit une seule fois une scène de viol, mais sans trop la détailler, parce que je n’y arri­vais pas, je me disais “pense à toutes ces femmes à qui ce genre d’horreur est arrivé.”

    Mais que pen­ser des scènes de crimes alors, cela vou­drait dire que d’un point de vu moral c’est moins hor­rible de tuer son voi­sin que de cou­cher avec lui ? lol

  5. kumfu says:

    Article très très inté­res­sant, encore une fois.

    Pour ce qui est d’éviter les cli­chés, l’écriture éro­tique y est peut-être plus sou­mise (aux cli­chés) encore que toute autre écri­ture, non pas par manque de connais­sances sur le sujet (on pour­rait pen­ser que les cli­chés naissent for­cé­ment de la mécon­nais­sance d’un sujet, mais non), mais parce que, lorsqu’on écrit un texte éro­tique, on entre for­cé­ment dans un domaine intime : on se montre, non plus en tant qu’auteur mais en tant que per­sonne. Alors, certes, c’est le cas de toute écriture/tout sujet (on se montre tou­jours), mais l’image que l’on donne de soi vis à vis de la société est quelque chose sur lequel il est dif­fi­cile de faire l’impasse lorsque l’on donne à lire un texte éro­tique, alors c’est par­fois plus facile de se réfu­gier dans le cli­ché : de faire comme les autres, à défaut de faire quelque chose qui nous est plus propre… Du moins, c’est ce que j’ai constaté, par­fois même en lisant des scènes de sexe écrites par des femmes ayant un cer­tain âge, des enfants… donc une expé­rience évi­dente, et tom­bant pour­tant dans de purs cli­chés, par­fois même de l’ordre du peu réa­liste voire du pure­ment irréa­liste (exemple de l’orgasme ful­gu­rant de la pre­mière fois chez la femme, entre autres, et vrai­ment entres autres avec un gros « S »), du moins dans le domaine dans lequel j’évolue le plus sou­vent, et qui est celui de la fan­fic­tion (un peu à part de l’écriture ori­gi­nale, mais pas si éloi­gné non plus).
    Pour un témoi­gnage plus per­son­nel, j’écris depuis quelques années et, jus­te­ment, prin­ci­pa­le­ment des fic­tions à carac­tère éro­tique, et j’ai constaté qu’il m’avait fallu, mal­gré l’âge de vingt-six ans auquel j’ai com­mencé à écrire, domp­ter ces réserves per­son­nelles, texte après texte, parce qu’à par­tir du moment où on ne fait plus « comme les autres », dans ce domaine, on est obligé de se mon­trer : on ne peut plus se cacher sous l’écran de l’influence des autres textes, en sous-enten­dant que, si on écrit ça, c’est qu’on l’a lu ailleurs, pas qu’on l’a for­cé­ment imaginé/fantasmé/vécu, sur­tout si on part dans des actes un peu pous­sés. Et, pour extra­po­ler un peu, je pense aussi que c’est une des rai­sons (du moins, c’est une des miennes, même si j’ai depuis dépassé cette réserve-ci aussi pour écrire aussi autre chose) pour les­quelles on voit tant de femmes écrire, notam­ment dans le milieu de la fan­fic­tion, sur des sexua­li­tés qui ne sont pas les leurs : parce que, là encore, c’est un voile qu’on peut poser sur sa propre sexua­lité (« non, ce n’est pas moi, c’est un homme »).
    Du coup, la pra­tique dans le but d’apprendre à se dépas­ser à ce sujet est le meilleur moyen d’aller plus loin.

  6. kumfu says:

    Voici qui ferait un éven­tuel sujet de futur article, peut-être ? (puisque vous par­liez dans votre autre réponse de suggestion).

    Sinon, oui, la fan­fic­tion est un haut lieu d’écriture éro­tique ! Souvent de manière très pous­sée, d’ailleurs, l’exemple du best sel­ler anglo­phone « Fifty Shade of Gray » (dont je connais l’histoire, ce roman/ancienne fan­fic­tion du fan­dom Twilight ayant beau­coup fait par­ler dans le milieu de la fan­fic­tion, mais que je n’ai pas lu) n’étant qu’une infime repré­sen­ta­tion de ce qui se trame dans l’univers obs­cur de la fanfiction… !

    1. Ah oui, évi­dem­ment, il y a aussi les fan­fic­tions Twilight. Je pen­sis sur­tout aux mangas.
      Du coup je suis allé voir des fan­fics Twilight éro­tiques, mais ce que j’ai trouvé ne m’a pas beau­coup convaincu. J’imagine qu’il faut far­fouiller un peu…

      1. 97Imim says:

        Bonjour, je viens appor­ter quelques com­plé­ments d’informations :
        Chez les animes et man­gas aussi, les scènes éro­tiques sont de mises ; plus pré­ci­sé­ment, il y en a par­tout, prin­ci­pa­le­ment écrites par des ado­les­cents. Les per­son­nages fic­tifs sont des nids à fan­tasmes, je ne pense pas que ce soit, au final, si éton­nant que ça. Quand on est fan, après tout…
        C’est un sujet vrai­ment répandu, et beau­coup de lec­teurs de fan­fic­tions ne res­sentent pas de gêne à en lire, au contraire.
        Je parle sur­tout par expé­rience, car j’é­cris une fan­fic­tion (des, en réa­lité… mais les autres ont aban­donné le navire 🙂 ), et le site où je la poste regorge de scènes éro­tiques (« lemons » dans le milieu).
        Voilà pour cette parenthèse !
        Bonne jour­née à vous

        1. OK, merci pour ces précisions.
          Avez-vous un res­senti sur la sexua­lité telle qu’elle est trai­tée dans les fan­fic­tions ? Et dans votre écri­ture, vous vous confor­mez à ces « canons » ?

          1. 97Imim says:

            Je suis assez neutre lorsque je tombe sur une scène éro­tique dans une fan­fic­tion, à vrai dire, étant donné que c’est en géné­ral assez bourré de clichés/d’idéaux… Bref, ça manque gran­de­ment de réa­lisme. Je ne me targue pas de faire mieux, mais je ne les trouve pas plai­santes. Du reste, les auteurs font ce qu’ils veulent, ça va de soi, même s’il y a des sujets sen­sibles qui sont bana­li­sés au pos­sible tels que le viol… Particulièrement dans les rela­tions homo­sexuelles. C’est décevant.

            Oui, je me conforme à ce que dit l’œuvre d’o­ri­gine. Je ne me per­mets pas d’al­ler au-delà, je n’y arrive pas, je sou­haite être rigou­reuse à ce niveau (et au niveau des per­son­nages en géné­ral, de toute façon). Lorsque j’é­cris une scène éro­tique, c’est uni­que­ment entre deux per­son­nages que j’ai créés, car l’his­toire sur laquelle je me base ne contient pas une once d’é­ro­tisme – et, sup­po­sé­ment, ses pro­ta­go­nistes non plus. Enfin, l’u­ni­vers de l’au­teur d’o­ri­gine est loin de se prê­ter à ça, après tout (l’Attaque des Titans, si ça t’in­trigue ; et actuel­le­ment, ça parle gué­guerre, retour­ne­ments de situa­tion assez mind­fuck, escla­vage et stra­té­gies. Il fait du bon bou­lot, le bougre !)

            Pour m’é­loi­gner de ma petite per­sonne x), beau­coup jettent l’u­ni­vers de base « à la pou­belle » en sexua­li­sant ses per­son­nages. On peut trou­ver des scènes éro­tiques entre Hermione et Malfoy, ou Gimli et Legolas, par­fois Macron et je ne sais qui, il y a aussi énor­mé­ment d’his­toires qui ima­ginent des rela­tions sexuelles entre des membres de groupes de pop coréenne (je vois ça chez mes abon­nés, mais il en est de même, je sup­pose, pour les One Direction… Par contre, je n’ai jamais vu ça chez Van Halen ou autres groupes de leur trempe/génération, c’est à creu­ser ). Je ne sais plus où est la limite à ne pas fran­chir tant ces pro­cé­dés grouillent, à force ! En tout cas, je reste dans ma zone de confort niveau écriture.

            Je veux dire, il est assez com­pli­qué pour moi d’é­crire une rela­tion sexuelle entre Thor et Iron Man…

          2. Entre Gimli et Legolas ! Entre van Halen et… Joan Jett ?! Entre Macron et… n’im­porte qui !?!

            Merci pour ce retour, je me suis frotté les yeux en te lisant 😉
            Je trouve ta posi­tion en tant qu’au­teur assez inté­res­sante, aussi.

            Après, ce besoin com­pul­sif d’ac­cou­pler des per­son­nages qui n’ont rien à faire ensemble, est assez fas­ci­nant. Je pense qu’il y a là un ensei­gne­ment impor­tant sur la méca­nique des his­toires, sur ce que la fic­tion pro­duit en nous, au niveau psy­chique, cog­ni­tif, même… Je m’ar­rête là, ça devien­drait de la psy­cho­lo­gie de comptoir.

  7. helsat says:

    Bonjour,
    Vos remarques sont inté­res­santes. Il est vrai que ce n’est pas évident de décrire une scène de ce type, sur­tout si l’auteur n’est pas du même genre que son héros (auteur femme, héros homme par exemple), mais que l’habitude rend plus à l’aise. Effectivement, le pire serait de tom­ber dans le véri­table cli­ché sans per­son­na­li­ser un mini­mum la scène. Mais on ne peut pas évi­ter com­plè­te­ment les sté­réo­types, sur­tout que vous avez abordé le sujet de la fan-fic­tion (ex : ce qu’on peut trou­ver dans les yaoi). Si cer­tains romans « clas­siques » qui ne sont pas éro­tiques peuvent se per­mettre une cer­taine ori­gi­na­lité dans leurs scènes d’amour, n’oublions pas que les romans à carac­tère éro­tique ou dont le but pre­mier est d’être sen­ti­men­taux (même s’ils abordent le thème avec du fan­tas­tique ou du poli­cer, etc.) doivent for­cé­ment cor­res­pondre à des codes et des attentes de lec­teurs / lec­trices même si ces his­toires ne reflètent en aucun cas la réa­lité mais ce que le lec­teur fan­tasme. Les romans Harlequin se res­semblent sou­vent dans les codes et la manière dont la scène d’amour se passe, les romans édi­tés par les mai­sons d’édition homo­sexuelle idem, bref, je pense qu’on ne peut pas for­cé­ment évi­ter com­plè­te­ment le cli­ché sinon ça n’intéresse pas le lec­teur qui a acheté jus­te­ment ce bou­quin pour trou­ver ceci ou cela. Mais si dans le dérou­le­ment de la scène il est dif­fi­cile d’être par­ti­cu­liè­re­ment créa­tif, alors peut être qu’on peut l’être dans le des­crip­tif et le choix des mots ? Ainsi ça per­met­trait de s’éloigner de ce que les autres ont écrit, en met­tant par exemple un petit com­men­taire à un moment donné afin d’éviter le côté « extase sublime et vagues défer­lantes » et j’en passe (insé­rer par exemple : « c’est une posi­tion périlleuse qui les fait tous deux rica­ner comme des ado­les­cents pen­dant un bref ins­tant » juste avant qu’ils reprennent leurs acrobaties ? )

    1. « le lec­teur qui a acheté jus­te­ment ce bou­quin pour trou­ver ceci ou cela »

      C’est là une chose qui conti­nue à me dépas­ser, enfin bref. Le pro­pos de mon article, comme vous le pres­sen­tez, s’adresse plu­tôt aux auteurs de romans « géné­ra­listes » pour qui la scène éro­tique est un moment parmi d’autres, à ne pas éluder.

      Ceci dit, j’aime bien votre idée pour s’éloigner des codes tout en les respectant…

  8. kumfu says:

    Ah, dom­mage, j’aurais pu vous ren­sei­gner. Oui, en matière de fan­fic­tion, il faut fouiller, et pas qu’un peu, sur­tout du côté du fan­dom Twilight ! Je m’y suis jus­te­ment pen­chée très der­niè­re­ment, étant donné que je suis admi­nis­tra­trice d’un blog de recom­man­da­tion de fan­fic­tions et de fic­tions ori­gi­nales héber­gées sur le web sur lequel on est une équipe à bos­ser, et que je me disais que ce n’était pas pos­sible qu’on ne puisse par trou­ver une fic­tion en fran­çais sur le couple Edward/Bella pou­vant ne serait-ce que pas­ser la barre du niveau mini­mum pour être recom­man­dée et, très hon­nê­te­ment, j’espère qu’il n’y aura pas d’amateurs de fan­fic­tions sur ce fan­dom pour lire ce que je dis ici, mais ce fan­dom est un peu « mau­dit »… Sinon, si vous vou­lez tou­jours voir ce qui s’écrit en tant que fan­fic­tion à carac­tère éro­tique (voire car­ré­ment porno : il y a de tout), il y en a plein de recommandées :
    http://ficisnottheenemy.wordpress.com/
    , sur­tout si vous regar­dez dans le tag
    http://ficisnottheenemy.wordpress.com/tag/1618/
    et par­ti­cu­liè­re­ment pour les fic­tions indi­quées comme étant de rating 18+ (et même les deux pauvres que j’ai fina­le­ment réussi à déni­cher, après de grands moments de déses­poir, sur le fan­dom Twilight, même si non exemptes de défauts : on est dans un domaine ama­teur, il ne faut pas l’oublier). Sinon, si vous ne sou­hai­tez pas fouiller, je peux vous en sug­gé­rer quelques-unes dont j’aime beau­coup le style des auteurs, d’une manière générale :
    http://bottleinmyboot.livejournal.com/3406.html
    , en
    http://www.fanfiction.net/s/7861748/1/Ce_qui_est_a_Holyhead#
    (ou homo­sexua­lité fémi­nine) et en
    http://www.fanfic-fr.net/fanfics/Animes-Mangas/N/Naruto/Clair-Obscur/8447/41721.html
    (ou homo­sexua­lité masculine).

  9. helsat says:

    Merci pour votre remarque, cela m’incite donc à pour­suivre de cette manière. En fait, je pense que mettre un peu d’humour dans une scène d’amour, si on en est capable et que ce style colle avec les trois cent autres pages, ça per­met de dédra­ma­ti­ser et d’écrire plus faci­le­ment, voire même de s’amuser en l’écrivant (et par-là même, d’éviter de rou­gir à chaque phrase, du coup). Car j’imagine que si par exemple on a un récit axé sur l’action, assez rapide, et qu’on trouve tout d’un coup en plein milieu une scène de sexe télé­pho­née, avec plein de des­crip­tions sur les orgasmes et des adjec­tifs hyper sté­réo­ty­pés, ça ne colle plus du tout au style général.
    Personnellement, j’ai aussi essayé de res­pec­ter une cer­taine « cho­ré­gra­phie » pour que les gestes des pro­ta­go­nistes coulent de source et pour évi­ter les cas­sures du genre : la main est là à un moment et juste après il se passe ça alors qu’on a l’impression que la scène ne « coule pas » toute seule et qu’elle est un peu labo­rieuse… N’oublions pas que ce genre de scène doit quand même pro­vo­quer une cer­taine émo­tion chez un lec­teur et lui paraisse logique, même s’il n’a pas lui-même expé­ri­menté ce qui est décrit.
    Enfin bref, je dis ça, mais il n’en reste pas moins que jusqu’à pré­sent, aucun de mes amis n’a eu le droit de lire ce que j’écrivais (et je les remer­cie de leur patience, parce qu’ils sont sacré­ment frus­trés par mon atti­tude, sur­tout que je ne dis­tille les infos qu’au compte-goutte). C’est peut-être idiot, mais à ce stade je pré­fère encore que ce soient des incon­nus qui ne m’ont jamais vue qui jugent mon texte plu­tôt que des per­sonnes qui me connaissent et se diront peut-être « tiens, elle a ça dans la tête ? » (scène de sexe ou pas, là je parle en géné­ral). Je n’ai pas encore résolu ce conflit, mais ça vien­dra peut-être, avec le temps. Car l’acte d’écriture, ce n’est pas faire sa comp­ta­bi­lité ou ses courses, mais c’est sor­tir des choses de sa tête et leur don­ner une exis­tence, alors for­cé­ment on aura d’un côté les décom­plexés, et de l’autre ceux qui manquent de confiance par rap­port à leurs créa­tions, manque de confiance encore plus fort à cause de cette pres­sion sociale évo­quée plus bas lorsqu’il s’agit de scènes d’amour.
    En tout cas, merci pour cet article, car on a tou­jours beau­coup de conseils sur l’écriture, mais quand il s’agit de cer­tains sujets par­ti­cu­liers comme celui-là, qui pour­tant nous concerne tous, c’est moins sou­vent le cas. Alors là, on se sent du coup moins seul.

    1. Je note autre chose que je n’avais jamais for­mulé sur la bêta-lec­ture : oui, il est sou­vent dif­fi­cile, pour soi, de faire lire son texte à des gens qui nous connaissent. Si on se tourne vers des incon­nus, béné­voles ou pros, c’est non seule­ment pour avoir un avis plus objec­tif, mais aussi pour dépas­ser les inhi­bi­tions du « faire lire ».

      Et sur la ques­tion d’aborder de pro­blèmes spé­ci­fiques d’écriture : c’est une des choses qui comptent pour moi dans ma démarche. N’hésitez pas, cha­cun, à me pro­po­ser des sujets de ce type.

  10. Serely says:

    Bonjour,

    Déjà (déso­lée pour le cli­ché !) je vou­lais vous remer­cier de don­ner de votre temps pour trans­mettre votre expé­rience en tant que pro­fes­sion­nel de l’écriture ! On se sent seul en tant qu’écrivain, comme dans tout pro­ces­sus de création…

    Pour réagir à votre article, j’ai envie d’ajouter une petite chose : que la règle d’or pour­rait être « Connais-toi toi-même ». Finalement, on en revient tou­jours au même… Que ce soit pour décrire l’essoufflement d’un per­son­nage lors d’une course-pour­suite, ses désa­gré­ments liés à une tenue ves­ti­men­taire ou ses émois éro­tiques, il faut d’abord être atten­tif à nos propres sen­sa­tions pour pou­voir les retrans­crire avec des mots justes et sur­tout qui nous appartiennent.

    Le style vient de la façon dont on décrit le monde et les sen­sa­tions avec des mots qui nous sont propres, et le sexe n’échappe pas à cette règle. Pour avoir nos propres mots, il faut entre­te­nir notre sen­si­bi­lité. Prendre le métro devient une expé­rience extra­or­di­naire, pour peu qu’on soit atten­tif à ce qu’il se passe autour de nous, en nous, aux inter­ac­tions… Alors une par­tie de jambes en l’air !

  11. Serely says:

    Bonjour ,

    Celà fait long­temps que le poste a été mis en ligne, mais je me per­mets de répondre car je pense que cela peut être utile pour de futurs lecteurs.
    Si la des­crip­tion de la scène est abso­lu­ment cen­trale, vous pou­vez vous ren­sei­gner. Internet est une vraie mine d’or pour ce qui est des références.
    C’est quoi, une réfé­rence ? C’est un mor­ceau de réel qui vous per­met de repré­sen­ter une réa­lité « vraie ». Un témoi­gnage, par exemple… A l’image du des­si­na­teur qui va faire du nu sur modèle réel pour connaitre l’anatomie humaine, les témoi­gnages sont des réfé­rences pour le fonc­tion­ne­ment de l’esprit humain.
    Après, pas besoin d’être une femme pour com­prendre la dou­leur, la peur et la pro­fonde humi­lia­tion d’un viol. Des hommes comme des femmes se font vio­ler et comme toutes les situa­tions de vio­lences extrêmes, les émo­tions res­sen­ties à ce moment là sont universelles…

    1. Je n’en suis pas si sûr. Disons que j’aimerais le croire. Mais cer­tains écri­vains ont plu­tôt ten­dance à dire qu’on ne peut écrire que sur ce que l’on connaît…

      Mais dans ce cas, il n’y aurait pas par exemple beau­coup de textes de science-fiction.

      Je reste per­plexe sur cette question-là.

  12. Bonjour Nicolas, bon­jour à tous. j’é­cris des nou­velles depuis un cer­tain temps déjà. je tra­vaille en ce moment sur un feuille­ton érotique.où la prose côtoie l’obs­cé­nité. il me semble que l’é­cri­vain se trouve sou­vent dans ce genre situa­tion où il doit lâcher prise. Ecrire c’est s’en­ga­ger, se vêtir comme se dévê­tir, c’est lais­ser par­ler l’a­ni­mal en soi. Ce lâcher prise de l’au­teur existe donc que cela soit pour faire rêver, fré­mir ou fris­son­ner de plai­sir. Enfin ; c’est ainsi, je crois, que le lec­teur sait qu’on ne lui ment pas. Il en va donc pour les scènes de sexe, comme pour toute autre.
    La lit­té­ra­ture éro­tique existe depuis long­temps. et il n’est pas para­doxale de la voir encore se vendre encore « sous le man­teau » (-mal­gré le suc­cès der­nier d’un best-sel­ler que je nom­me­rai pas ici, que j’ai lu et qui m’a lais­sée de marbre). Mais je dirai même que cet état de chose lui va bien. je me ravie moi-même d’être dans cette trans­gres­sion, lorsque j’é­cris. Je m’a­dresse alors à mes lec­teurs comme à des complices.
    Voilà pour mon expé­rience. Elle vaut ce qu’elle vaut.

    Nathalie Bessonnet

    1. « où la prose côtoie l’obscénité »
       » Ecrire c’est s’engager, se vêtir comme se dévê­tir, c’est lais­ser par­ler l’animal en soi. »
      Ce témoi­gnage est très inté­res­sant. Pouvez-vous expli­quer com­ment vous arri­vez à faire accep­ter cette approche ? Je pense qu’elle est légi­time, mais nous connais­sons la fri­lo­sité des éditeurs…

  13. Bonjour a vous et merci pour cet article fort ins­truc­tif, moi qui vou­drai me lancé dans le roman éro­tique sa me don­ner quelque trucs pour un bon début.
    Mais je me deman­der a par­tir de quel moment du texte devons nous com­men­cer « LA SCENE » ?
    Et com­ment ne pas tom­ber dans le roman porno je pense plus « trash » que le mimi roman érotique ?
    Merci a vous.

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