Ecriture (tiret) Livres | (re)trouver le plaisir d'écrire, intéresser un éditeur

Défauts d’écrivain  :
le fainéant (la réécriture)

par | 39 commentaires

Ce que vous allez apprendre dans cet article :

  • Déceler vos petites paresses d’écriture
  • Y remédier !

Nous avons vu, dans un précédent article (Qualités et défauts d’écrivains : le mégalomaniaque) ce qui guettait les hyperactifs de l’écriture et de la réécriture. Hélas, il existe une autre sorte d’écrivain qui se trouve plutôt à l’opposé du spectre : le fainéant.

Lorsque vous achèverez la rédaction d’un manuscrit, gardez un point à l’esprit : ce n’est que le commencement de votre travail dessus. Gardez les manches retroussées : vous remettrez un jour les mains dans le même cambouis.

Le jeune et le vieil écrivain

En matière d’écriture, rien ne doit vous paraître définitif. Les vieux écrivains ont tellement éprouvé cette règle, qu’ils passent leur temps à retravailler leur matière, à fignoler inlassablement. L’éditeur doit parfois leur retirer la copie des mains pour pouvoir publier leur livre.

Et les jeunes ? J’en ai vu défiler, des débutants, quand je travaillais en maison d’édition. Ils considéraient tous leur travail comme achevé. Les vieux routards, eux, étaient ravis d’entendre mes critiques. Ils se sentaient soulagés de trouver quelqu’un qui aimait leur texte au point de vouloir l’améliorer. Quelqu’un qui partageait un peu de leur difficulté d’écrire. Au contraire, avec les premiers, je devais déployer toutes sortes de précautions pour leur faire revoir leur copie.

Souvent en vain.

L'écrivain et la réécriture

« Cent fois sur l’ouvrage remettras ton métier. » Non, c’est pas ça… « Cent ouvrages sur la foi du métier remettras. » Non, c’est pas ça… « Cent métiers… »

Écrivez, réécrivez, qu’y disaient

Pourtant, la réécriture est l’essence même de la pratique littéraire.
Vous voulez publier ? Préparez-vous à des allers-retours par e-mail, à des entretiens d’une heure au téléphone, à des débats permanents. Préparez-vous à défendre vos choix d’écriture, et à céder le point, lorsque les arguments de votre éditeur sont meilleurs que les vôtres. Préparez-vous à sortir de votre peau d’écrivain, et à juger froidement, côte à côte avec l’éditeur, vos écrits. Préparez-vous, peut-être, à réécrire des pans entiers de votre œuvre.

Et foin de paresse ou de procrastination : « réécrire » ne signifie pas remplacer quelques mots par-ci par-là, votre lecteur s’en fiche ; mais repenser les scènes en profondeur, les dialogues, la composition. Tout, dans le manuscrit, est susceptible de changements : le titre, le début, la fin, le caractère d’un personnage…

Lorsque vous ne tiendrez plus le coup, rappelez-vous une chose : plus l’éditeur vous embête, plus il aime son métier. Meilleur il est, meilleur vous écrirez.

« Retoucher, c’est déchoir »

Vous vous dites peut-être que réécrire, c’est déchoir ? Que ceux qui vous demandent de reprendre votre texte vont l’altérer, le dégrader ? Qu’ils n’y comprennent rien ? Qu’un vrai grand œuvre est parfait dès sa naissance, intouchable, sacré ?

La vision romantique de l’écrivain prête souvent sa voix à la fainéantise. Regardez ces arguments d’un peu plus haut, vous verrez qu’ils reposent sur du vent. Non, il n’existe pas un « état parfait du texte » ; non, le reprendre ne va pas l’altérer. Écrire implique de communiquer. Et la bonne communication doit être efficace. Subordonnez tout le reste, dans votre pratique, à cet objectif : l’efficacité.

La réécriture pour l’efficacité

Lorsqu’on interroge les « écrivants » sur la qualité de leurs écrits, on obtient souvent de très belles réponses : mon texte me plaît « quand je suis content de tous les mots », « quand le brouillon est surchargé de ratures », « quand il y a une cadence qui s’en dégage », « quand je suis à sec d’idées », « quand j’entends le petit claquement du capuchon du stylo qui se referme »… ou l’incontournable « quand je l’ai décidé ainsi. »

Or, le seul critère mesurable, donc le seul critère utile, reste l’efficacité du texte : quand il « marche » en public, quand à la lecture succède le silence (le bon silence, bande de taquins !), quand le lecteur vous réclame la suite…

L’efficacité, vous en aurez besoin quelle que soit votre spécialisation : roman, nouvelle, poésie, essai, théâtre, scénario… Citez-moi un seul genre où le texte peut se permettre de ne pas « fonctionner » ?

J’ai pour ma part changé plusieurs fois de critères, d’objectifs d’écriture. J’ai cherché, moi aussi, le beau, le grand, le bien ficelé, l’œuvre totale, le nouveau etc. Mais rien de tout ceci ne me satisfaisait longtemps. Tout était flanqué par terre au premier bâillement de mon lecteur. Et puis j’ai trouvé ce défi, simple et grand : l’efficacité. Je l’ai adopté. Et j’ai renoncé pour toujours à être content de moi-même !

Voilà certes un critère bien encombrant : à aucun moment, il ne nous donne une idée de la somme de travail qui nous reste à fournir. Ce critère, on ne peut pas le gauchir par de belles valeurs, on ne peut pas s’asseoir dessus avec un peu de jésuitisme. Quand ça ne marche pas, ça ne marche pas.

Il y a de la beauté dans cette quête, il y a de l’idéal. L’efficacité vous semble peut-être terre-à-terre ? Moi, j’y vois l’ascèse de l’écriture.


Vous êtes la personne irremplaçable qui a l’histoire en tête. Cette histoire, vous en êtes responsable. Faites toujours le maximum pour la transmettre à votre lecteur. Si la transmission se bloque, à cause d’une phrase trop compliquée, à cause d’un ridicule dans le texte, vous serez seul responsable.

Vous serez coupable envers votre histoire.

Vous lui avez donné vie, vous avez voulu qu’elle existe. Assumez. Aidez-la à faire son chemin dans la vie… littéraire.


Et toi, malicieux internaute, où en es-tu avec cette question ? Quel est ton propre critère de qualité ?

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