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Traduire un livre  :
les erreurs à éviter

par | 69 commentaires

Ce que vous allez apprendre dans cet article :

  • Ce que l’on entend par « traduire un livre »
  • Le fonctionnement de la vente de droits littéraires
  • Les gaffes à éviter

Traduire un livre et le publier à l’étranger, voilà un rêve de nombreux écrivains. Mais la vente de droits ne fonctionne pas du tout comme on le croit…

Quelques débats vus sur des forums où je traîne, et des échanges publics ou privés avec certains d’entre vous, m’ont donné l’idée de faire un point sur la question de la traduction.

En effet, la traduction de son livre en langue étrangère fait souvent fantasmer les auteurs. Elle les conduit à commettre des erreurs qu’ils payent, parfois, très cher…

Apprenons à y voir plus clair dans cette mini forêt vierge.

traduire un livre

Méfiez-vous des traductions non validées par l’ATLF…
Ici, couverture de l’édition française de
« Batman contre le savon fou ».

Pourquoi publier son livre à l’étranger ?

D’abord, je voudrais une bonne fois pour toutes lever un malentendu. L’expression « traduire un livre » ne veut pas dire la même chose pour vous et pour votre éditeur :

  • Pour vous, cela signifie « placer son texte à l’étranger ».
  • Pour lui, il s’agit plutôt de l’opération qui consiste à transformer un texte écrit en français, en un texte en anglais, en chinois ou en allemand.

Apprenez à vous comprendre. S’agissant de traduction, c’est un préalable assez logique !

Pour votre éditeur, la décision de proposer les droits de votre livre à la vente dépend de nombreux facteurs. Voici les trois principaux :

  • Le succès de votre livre dans le pays de départ ;
  • Son intérêt global pour le marché étranger ;
  • La pertinence « culturelle » de l’opération.

Pour le succès, cela me semble une évidence : votre éditeur aura plus de facilité à attirer l’attention d’un confrère sur un livre déjà réputé. S’il n’a pas marché dans son pays de départ, c’est souvent mauvais signe pour la suite.

Ensuite, on l’ignore souvent, tous les éditeurs ne voient pas d’un même œil l’opportunité de la vente de droits. Certaines maisons sont très à l’aise avec ces démarches, et disposent de bons contacts dans certains pays étrangers ; la plupart des maisons, surtout petites et moyennes, n’ont simplement pas de temps à consacrer à ces opérations assez lourdes. Accessoirement, il faut aussi que le responsable… parle la langue étrangère !

Enfin, à propos des pays de destination, essayez de garder l’esprit large. Est-ce que ce roman qui parle de haute gastronomie est susceptible d’intéresser le public britannique ? (c’est un exemple)
Tout n’est pas bon à publier partout, et ceci malgré le succès passé du livre et la motivation de votre éditeur.

Traduire un livre, comment ça se passe ?

Si toutes les conditions sont réunies, l’éditeur va se lancer dans les opérations de démarchage. Vous vous rappelez l’époque intense où vous avez soumis votre manuscrit ? Eh bien c’est au tour de l’éditeur de s’y coller !

Bien entendu, vous pouvez vous aussi démarcher des éditeurs étrangers (surtout si vous avez déjà quelques contacts intéressants), mais vérifiez bien les termes de votre contrat : dans ce cas comme dans d’autres, l’accord vous vous oblige, vous et votre partenaire, à vous tenir mutuellement informés de vos démarches. Croyez-moi, il vaut mieux rester synchro : vous et lui n’en serez que plus efficaces.

Le meilleur moyen, pour un éditeur, d’attirer l’attention d’un confrère étranger, est de le rencontrer. Pour cela, le salon du livre de Francfort, mi-octobre en Allemagne, est ZE événement annuel mondial. Si votre éditeur est un familier de « Francfort », c’est un bon signe de son ouverture à l’étranger.

Certains fonctionnent aussi avec un réseau bien en place. D’autres font des envois postaux, mais le résultat est rarement flamboyant…

Une fois qu’un achat est décidé par une maison étrangère, un petit jeu de chassé-croisé juridique a lieu entre les parties prenantes : échange de contrats et signatures diverses. À ce propos, le code des usages (lorsque l’éditeur d’arrivée est français), a été revu en 2012 par l’interprofession.

L’ATLF (Association des Traducteurs Littéraires de France) montre ses contrats-types, et peut répondre aux questions les plus pointues sur les usages… en France.

Des contrats ? Oui, mais lesquels ? La vente de droits à l’étranger en nécessite trois :

  • entre l’auteur et l’éditeur de départ (a priori, le contrat d’origine prévoit les éventualités de la vente de droits)
  • entre les deux éditeurs
  • entre l’éditeur d’arrivée et le traducteur

Je remercie E. Pierrat pour la relecture de cet article sous l’angle juridique.

« Qui choisit le traducteur ? » est la question que l’on se pose souvent. La réponse est : l’éditeur d’arrivée. Même si vous, en tant qu’auteur, tout comme l’éditeur de départ, pouvez lui suggérer un nom, c’est l’éditeur d’arrivée qui prendra la décision, car c’est lui qui met l’argent sur la table.
Souvent, les auteurs réputés ont leur traducteur attitré dans une langue donnée. En général, l’éditeur d’arrivée ne fera pas de difficultés pour travailler avec celui-ci.

Gardez une chose à l’esprit : même si vous connaissez quelqu’un qui parle très bien une langue étrangère, et qui se propose pour traduire gratuitement votre ouvrage, cela ne fait pas de lui un traducteur littéraire professionnel. Et surtout, cela ne veut pas dire que la publication en question serait pertinente, et encore moins que le projet trouverait preneur.

L’éditeur d’arrivée est trouvé, le traducteur est engagé, les contrats sont signés ? Formidable ! « Y a plus qu’à ». Voilà le moment où votre texte commence sa nouvelle vie.

Vous voulez jeter un œil sur la version traduite ? C’est votre droit, bien sûr. On vous montrera volontiers les placards avant impression. Mais attention, ne reprenez pas tout le travail de fond en comble. Comme je l’ai dit ailleurs, le temps de tout le monde est précieux, et le travail du traducteur, de l’éditeur d’arrivée, est, comme son nom l’indique… un travail. Respectez-le à sa juste valeur.

Ce qu’il ne faut pas faire

Madame A. avait publié chez nous un joli texte de littérature. Comme elle avait beaucoup d’amis, notamment une traductrice anglophone, elle lui proposa de traduire le texte pour le marché anglo-saxon. « Tu crois ? » demanda l’amie en question. « Mais qui va me payer mon travail ? – Ne t’inquiète pas, la rassura madame A. Mon éditeur est intéressé, il paiera. » Et la traductrice commença la mission.

Or, nous n’étions pas si intéressés que cela. Nous n’avions pas tellement envie de payer :

  • une traductrice tombée du ciel ;
  • sans garantie de publier le texte ensuite ;
  • alors que ce coût doit être supporté par l’éditeur d’arrivée.

Nous remerciâmes donc gentiment madame A., qui informa son amie traductrice qu’elle ne serait jamais payée pour son travail. Et elles se brouillèrent toutes les deux pour toujours.

 

Madame V., elle, était une auteure allemande. Nous avions acheté les droits de son ouvrage, un court roman. Alors que nous cherchions un traducteur allemand (en Alsace, on en trouve à peu près autant que des moutons sous mon lit), madame V. insista pour que nous prenions le sien. N’y voyant pas malice, nous acceptâmes.

Or, le traducteur en question était un sinistre margoulin, qui donna le texte en pâture à Babelfish. Comme l’écrivain allemande ne parlait pas français, et que de toute façon ses textes étaient un peu déjantés, le subterfuge était passé inaperçu chez tous ses précédents éditeurs français (la liste comprenait, tout de même, Actes Sud…)

Ledit traducteur nous rendit donc une copie tout à fait infidèle (il se trouve que dans la maison d’édition, nous étions tous germanophones et que nous pouvions comparer les deux textes). On y trouvait par exemple une magnifique chasse à courre au canard, un arc que l’on « tendait », une confusion entre papillon et libellule… Un peu gênant pour la crédibilité de l’auteur dans le pays d’arrivée… et la nôtre, évidemment.

Méfiez-vous si vous ne parlez pas la langue d’arrivée : il vaut mieux faire confiance à l’éditeur pour choisir le traducteur.

Résumé : on oublie les clichés, merci

Voici donc comment les choses se présentent « pour de vrai », concernant la vente de droits littéraires à l’étranger :

  • le succès d’un livre dans son pays de départ ne suffit pas pour justifier la publication à l’étranger ;
  • le démarchage des éditeurs d’arrivée est principalement le travail de l’éditeur de départ ;
  • le traducteur est choisi, en dernier ressort, par l’éditeur d’arrivée ;
  • le travail de traduction démarre seulement quand les aspects juridiques ont été réglés ;
  • soyez modeste avec vos compétences dans la langue d’arrivée. Trop d’intransigeance fera du tort à tout le monde, y compris à vous et à votre texte.

Et toi, bavard internaute, tu as des projets de vente de droits ? Tu as bien flairé le terreau culturel du pays d’arrivée ?

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