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Les 7 moyens pour réussir
son premier jet

par | 25 commentaires

Ce que vous allez apprendre dans cet article :

  • Créer les conditions
  • Savoir être la « main qui écrit »
  • Prendre des habitudes favorables

Et si on parlait du « premier jet » ? J’ai conseillé un certain nombre d’écrivains ces derniers temps, j’ai donné une formation sur les écrits professionnels ; or, qu’il s’agisse d’écrivains ou de cadres d’entreprise, beaucoup font état de la même difficulté : comment rester suffisamment concentré pour produire son texte ? Comment rester dans le texte, en ignorant les diversions, qu’elles viennent de soi ou de l’extérieur ?

Je vous avais parlé précédemment des méthodes pour éviter la page blanche, et se motiver à écrire. Et lorsque la motivation est déclenchée, comment l’entretenir ? Comment empêcher le soufflé de retomber ? Voyons ensemble quelques gestes simples et évidents ; car l’évidence, souvent, est bien difficile à repérer…

(Les lecteurs pressés peuvent aller directement à la fin de l’article, où l’essentiel est résumé.)

Le « vrai » premier jet

Certains ne jurent que par lui, d’autres le méprisent gentiment. Le premier jet semble une façon un peu enfantine de pratiquer l’écriture. Les tenants de l’écriture révélée ne croient pas à la division premier jet/relecture(s).
Pourtant, à l’usage, cette écriture par allers-retours semble produire de meilleurs résultats, et va de soi pour la plupart des écrivains.
L’intérêt de cette approche est de répartir les étapes d’écriture en une étape de formulation, de transcription de la pensée, et une autre étape, consécutive, de regard critique sur l’objet écrit.
La difficulté, pour l’écrivain, est alors de savoir se diviser suffisamment pour être d’abord, exclusivement, une voix qui parle, et ensuite, tout aussi exclusivement, un esprit qui critique. La voix ne doit pas être critique, et l’esprit doit critiquer certes, mais seulement le résultat, et non pas l’intention. Autrement, les conséquences sur le moral de l’écrivain ne se font pas attendre : découragement, procrastination, perte de temps voire abandon du projet…
Le relecture critique ne doit pas glisser vers l’autocritique, tout comme l’étape du premier jet ne doit pas laisser place au jugement sur ce qui est écrit. Pour les questions de relecture critique, je vous renvoie au blog de Kanata Nash, qui traite de la question d’une manière magistrale. J’aurai peut-être quelque chose à en dire un jour, mais ce sera sous forme de précisions ou de nuances mineures.
Et le premier jet ? Là aussi, le recours à un peu de méthode peut s’avérer utile, libérateur. Car le découragement, lors du premier jet, est souvent causé par une mauvaise pratique. Ce que vous appelez « premier jet » n’en est pas vraiment un, car vous n’avez de cesse de revenir en arrière, de vous arrêter, en mâchouillant le stylo, pour trouver le « mot juste »…
Le « vrai » premier jet ne souffre pas d’interruption. Tout doit être sacrifié à la régularité d’écriture, tout doit être fait pour maintenir un débit régulier.
Comment ? Voici les précautions principales à prendre pour produire un « vrai » premier jet de roman, de nouvelle ou de tout autre texte littéraire.

Préparation

Cela peut paraître paradoxal, mais pour que la « petite voix » parle juste et clair, il faut avoir longuement, trivialement préparé l’écriture lors de l’étape précédente : la constitution du plan.
En d’autres termes, le premier jet n’est PAS la première action d’un écrivain lorsqu’il attaque un nouveau projet. On pourrait encore une fois débattre de la légitimité de préparer son écriture, mais ce qui est sûr, c’est que l’absence de plan conduit mathématiquement aux…

Doutes et questions

Au cours de la rédaction, il peut vous venir, et c’est normal, des doutes. Éric est-il blond ? Jeanne-Marie est-elle au courant que Kévin la trompe ? Votre mauvaise réaction, en tant qu’écrivain, sera de décider dans la foulée que oui, Éric est blond. Une autre mauvaise réaction sera de tout laisser en plan pour retourner voir dix pages en arrière, ou dans la fiche de personnage, si Éric est blond ; pire, au cas où rien n’a été préparé, d’aller voir dans une encyclopédie si les gens de son groupe ethnique sont plutôt blonds…
Apprenez à noter vos doutes et vos questions dans le fil du texte. Placez-les par exemple entre crochets : cela vous permettra de les retrouver par une recherche automatique du caractère « crochet », au moment des relectures du texte.
De même, il arrive souvent, surtout lorsque « ça vient bien », que des idées supplémentaires vous tombent dessus, des améliorations. Là aussi, notez-les, soit dans le fil du texte, soit dans un fichier bloc-notes. A la fin de la séance de premier jet, et seulement à la fin, reprenez le bloc-notes ; replacez les idées (sans commencer à tout réécrire !) au bon endroit dans le plan ou dans les parties déjà rédigées.

Le premier jet est une petite voix ; laissez-la parler.

Laissez parler la « petite voix », même si tout ce qu’elle semble vous dire est « Frschfrscfrfschffff… »

Vocabulaire, style

Une autre cause de rupture du premier jet, fréquente, est le besoin du « mot juste ». Ce mot qui collerait parfaitement avec la phrase, et qui vous échappe comme le savon mouillé sous la douche… Tant pis pour lui ! Un coup de surlignement, et on passe à la suite !
Les logiciels de traitement de texte offrent des possibilités très faciles de mettre en valeur, par surlignement, des endroits précis du texte. Utilisez un code couleur simple, par exemple rouge pour le style, bleu pour les choses à vérifier, vert pour les ajouts en attente… Vous pouvez même être plus précis : utilisez une couleur pour les passages trop plats, une autre pour les problèmes de registre, une autre pour les passages trop verbeux…
Mieux encore : au lieu d’utiliser le bouton « surlignement », définissez des « styles de caractère » ; ils se superposeront sans danger à votre texte, et vous pourrez les appliquer ou les retirer d’un simple clic.

Conditions d’écriture

Les mauvaises conditions d’écriture sont un des pires ennemis du premier jet. Si vous êtes dérangé, si le temps presse, il vous est difficile de garder un débit d’écriture régulier pendant toute la séance.
Bien entendu, nous ne sommes pas tous égaux de ce point de vue-là. Certains ont un environnement plutôt favorable à l’écriture, d’autres non. De toutes les façons, essayez de vous organiser pour que vos moments d’écriture soient le plus favorables possibles.
Qu’est-ce qu’un bon moment d’écriture ? Un moment de calme, de solitude, et qui sera exclusivement dédié à cette activité. Évitez les endroits et les moments bruyants, ceux où vous êtes en société, et arrangez-vous pour n’avoir rien, mais vraiment rien d’autre à faire pendant la séance d’écriture. Passez le coup de fil à mémé, pour que ce ne soit pas elle qui vous appelle à un moment mal choisi…
Choisissez d’avance l’heure et le lieu de la séance. Éventuellement, coupez la connexion réseau de votre ordinateur (c’est facile et sans douleur : un clic droit sur la bonne icône…) ; fermez au moins les logiciels d’alerte type Tweetdeck, le tchat de Facebook etc. Si vous n’avez pas besoin d’ouvrir plusieurs fenêtres de travail, basculez votre traitement de texte en mode focalisation ; autrement, ouvrez les fenêtres de façon à masquer tout l’écran, y compris l’image du chien en arrière-plan.

Organisation

Même si ce procédé a ses détracteurs (j’en vois notamment un qui sourit au fond de la salle), essayez d’avoir une certaine régularité d’écriture. Vos séances de premier jet sont courtes, à cause de vos journées de fou ? Ce n’est pas si grave, tant que vous arrivez à écrire tous les jours.
Si vos moments d’écriture sont trop espacés, chaque séance ramènera des brouettes de questions du type « Éric est-il blond ? » Donc, pour que le premier jet coule de source, évitez au maximum de vous reposer sur cette traîtresse de mémoire…

Attitude

Enfin, méfiez-vous de vous-même. Les pires dégâts sur votre motivation, c’est vous qui pouvez les causer.
Gardez en tête, notamment, qu’on n’écrit pas tout de suite comme on le voudrait. Des amis fanatiques de Formule 1 m’ont expliqué le principe du « tour de chauffe ». En écriture, c’est pareil : à chaque séance, il faut quelques lignes, voire quelques pages, pour « chauffer les pneus ». L’aisance ne viendra pas immédiatement. Tant pis pour ces lignes « sacrifiées ». Laissez-les telles quelles. Vous leur porterez attention plus tard, un jour, quand le premier jet sera bouclé.
« Quand j’écris, je ferme à double tour les portes de l’inconscient. » Je cite de mémoire cette idée limpide de l’écrivain Catherine Clément. Il y a là toute la simplicité, toute la modestie d’une bonne pratique d’écriture.
Vous êtes peut-être un imbécile, vous êtes peut-être un génie. Ou les deux ; ou autre chose. Lors du premier jet, ce n’est, dans tous les cas, pas le moment de vous observer, de vous regarder à l’œuvre. Vous ne devez être que cette voix qui parle, quelle que soit la qualité de ce qu’elle a à dire. Apprenez, comme Catherine Clément, à renvoyer le besoin d’introspection dans sa chambre. Le temps de la fierté viendra après.

Les 7 précautions

  1. préparez votre projet avant de passer à l’écriture
  2. notez dans le fil du texte les points à vérifier, et les idées supplémentaires
  3. indiquez les passages insatisfaisants dans le fil du texte
  4. recherchez des moments d’écriture calmes, solitaires et exclusifs
  5. ayez des séances régulières
  6. offrez-vous un « tour de chauffe »
  7. ne vous regardez pas écrire : soyez une voix qui parle, ni plus, ni moins

Et maintenant, fébrile internaute, c’est à toi : comment te places-tu par rapport à la pratique du premier jet ?

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