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Le contrat à compte d’auteur,
c’est bien ou c’est mal ?

par | 17 commentaires

Ce que vous allez apprendre dans cet article :

  • Définition du compte d’auteur et d’éditeur
  • L’aspect sentimental de la question
  • Faire votre choix en connaissance de cause

On entend toutes sortes de choses sur le contrat à compte d’auteur. Voici un point précis et technique sur cette façon de publier un livre.

Derrière les livres peuvent se cacher des modèles économiques très variés. Vous ne les distinguerez pas à l’œil nu (quoique…) mais le mode de financement d’un livre est une question complexe, et qui vous concerne de très près. Si vous voulez publier un livre, vous devrez y faire attention.

Les bons comptes font les bons amis

On rencontre, en France, deux modèles principaux : l’édition à compte d’éditeur et l’édition à compte d’auteur.

Dans le compte d’éditeur, le livre est un projet voulu, rêvé par la maison d’édition. Elle le finance sur fonds propres, et elle prend toutes les décisions importantes qui vont amener le texte jusque sur la table des libraires. « C’est l’éditeur qui paye », mais pas seulement : c’est aussi l’éditeur qui fait, et qui veut.

Dans le système à compte d’auteur, l’éditeur se place en prestataire de service. Le client, c’est vous. Vous apportez les fonds pour réaliser votre ouvrage. Votre prestataire vous imprime votre livre. Quoi qu’en dise votre éditeur, la vente au lecteur sera de votre unique ressort.

Même si ce prestataire vous promet des envois presse, des séances de dédicace, il ne fera rien pour la promotion du livre, puisque la promotion est motivée par le risque, et qu’il ne prend aucun risque.

Ne vous fiez pas non plus à ses compliments sur votre texte : vous êtes son client, il a tout intérêt à vous caresser dans le sens du poil.

Quiz express (réponses en bas de page) : Mon éditeur me demande 500 € pour participer aux frais de commercialisation de l’ouvrage. Je suis dans le compte d’éditeur ?

  1. Oui
  2. Non

Or, l’édition française souffre d’une double faiblesse “idéologique” :

  • le prestige exagéré du livre, qui fait que chacun espère être édité un jour (1 français sur 3, dit-on, aurait un manuscrit dans son tiroir…) ;
  • l’ignorance totale du grand public concernant l’univers des maisons d’édition. Jouant sur la confusion, des indélicats, qui n’ont rien à voir avec des éditeurs, montent de temps en temps une petite entreprise d’abus de confiance.

Quiz express : Mon éditeur à compte d’auteur me promet de faire 20 envois presse. Je peux le croire ?

  1. Oui
  2. Non

Et puis le CALCRE vint…

Dans les années 1980, un collectif se constitue : le CALCRE (Comité des auteurs en lutte contre le racket de l’édition). Ses travaux, et notamment son énorme bottin de l’édition, Audace, vont alerter une bonne partie des jeunes écrivains sur les pratiques de certaines crapules (et notamment le “compte d’auteur déguisé”). Ensuite, le CALCRE mène une enquête permanente auprès des maisons d’édition, et publie régulièrement de nouvelles éditions du guide Audace. L’aventure du CALCRE s’est terminée, mais Audace peut être trouvé d’occasion, avec un peu de chance.

L’effet n’a été, me semble-t-il, qu’à moitié positif : d’abord, la majeure partie des auteurs amateurs continue à ignorer la menace pointée sur leur portefeuille. Mais surtout, existe désormais une minorité d’auteurs à qui « on ne la fait pas » ; des mises en garde du CALCRE, ils n’ont retenu qu’une chose : “éditeur = escroc”. Le cliché avait déjà la vie belle. Désormais, grâce à Audace, il s’est changé en mythe inattaquable.

Car l’édition à compte d’auteur a sa légitimité. Elle n’est, en soi, ni bonne ni mauvaise, tant qu’elle est pratiquée entre adultes consentants. André Gide a publié à compte d’auteur. Tout comme Verlaine, Rimbaud ou Proust.

Quiz express : J’ai envoyé mon roman aux Éditions Prentout. Je n’ai pas trop regardé ce qu’ils publiaient. Ils m’ont répondu, mais ils me demandent de payer mon édition. Ce sont des escrocs ?

  1. Oui
  2. Non

Quand vous allez dans un copy-shop pour imprimer des photocopies, vous ne vous attendez pas à ce que le patron vous offre le tirage, n’est-ce pas ? Eh bien dans certains cas, où l’on a besoin d’un livre à usage interne, où l’on a envie de faire dupliquer son manuscrit pour le cercle familial, le compte d’auteur est la seule solution intelligente.

Le “compte d’auteur déguisé” est certes abusif, mais vous devez bien signer quelque chose avant de publier votre livre. Vous iriez signer un contrat d’édition sans le lire ? Moi pas.

Quiz express : J’ai écrit un livre sur mon village de 500 habitants. Je voudrais maintenant en faire un livre. J’envoie le projet :

  1. À un éditeur à compte d’auteur ;
  2. À un éditeur à compte d’éditeur.

Différents noms pour une même chose

Contrat à compte d'auteur : évitez que l'on "profil" de vous...

Contrat à compte d’auteur :
évitez que l’on « profil » de vous…

À cela s’ajoutent quelques variantes mineures, mais qui s’apparentent toutes, qu’on le veuille ou non, au compte d’auteur :
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  • Le contrat participatif ou “compte à demi”. L’auteur est invité à prendre en charge une partie du budget total du livre. L’éditeur fait ses calculs pour se dégager de tout risque financier. Dans les faits, il est donc encore une fois prestataire de service.
  • L’auto-édition : ici, l’auteur donne son ouvrage à un imprimeur qui procède à une mise en page et lui réalise les exemplaires. Le terme « auto-édition » a de la classe, du lustre, mais le principe est le même que pour le compte d’auteur. Au lieu de prendre, comme partenaire technique, un éditeur, l’auteur prend un imprimeur. En général, l’objet qui en résulte est affreux : un éditeur à compte d’auteur fait a priori un effort de correction et de mise en page. Un imprimeur, dans le même cas, met le fichier au format final, et lance les machines. Le livre d’un auto édité se remarque toujours aux mêmes signes : son texte est bourré de fautes et, graphiquement, l’objet est épouvantablement laid.
  • L’impression à la demande : il s’agit d’autoédition avec un robot pour seul interlocuteur (site Internet). Le résultat est parfois plus réussi que dans l’autoédition (au moins, la mise en page se fait sur des modèles prédéfinis, réalisés par un véritable graphiste). Idéal pour imprimer un livre en peu d’exemplaires, pour son propre usage. Mais il s’agit encore et toujours de compte d’auteur.

Quiz express : J’ai trouvé une maison d’édition qui fait tout en automatique par Internet (envoi des fichiers, mise en page, impression), les Éditions Farfaraway. J’ai créé mon identité et mon premier dossier livre. Durant le processus, le site me demande sous quelle forme je veux toucher mes royalties, le pourcentage de droits d’auteur etc. Est-ce que ça veut dire que je vais enfin me faire plein d’argent ?

  1. Oui
  2. Non

Comment reconnaître une offre et un contrat à compte d’auteur ?

Allez sur le site de l’éditeur et vérifiez plusieurs points :

  • Est-ce que son catalogue rassemble des livres sur tout et n’importe quoi, et de préférence sur des sujets très personnels ? (ex. : poèmes, souvenirs d’Algérie, mon combat contre une grave maladie…)
  • Est-ce que la maison a un nom ronflant, est-ce qu’elle essaie de flatter votre ego, est-ce qu’elle vous parle ouvertement bénéfices, pourcentages ?
  • (Si vous avez l’œil graphique) Est-ce que les couvertures ressemblent à un travail de maternelle ?

Quiz express : Sur la page “Qui sommes-nous”, l’éditeur écrit que son équipe compte 2 personnes. D’après son catalogue, il publie une cinquantaine de titres par an. Est-ce une maison à compte d’auteur ?

  1. Oui
  2. Non
  3. Il y a de fortes chances.

Courage !

Quoi qu’on dise de l’édition “classique” à compte d’éditeur, elle a un mérite : elle est une forme de reconnaissance de votre travail d’écrivain. Publier un livre sous cette forme, c’est convaincre un professionnel de prendre un risque sur vous.

Pensez-y, au moment où, lassé des courriers de refus, vous vous tournerez vers l’édition payante : n’y a-t-il plus rien à tenter pour votre texte ? Avez-vous écouté les suggestions qui accompagnaient certains refus ? Ce texte, avez-vous vraiment tout fait pour l’améliorer ?

Quiz express : L’édition à compte d’auteur, c’est bien ?

  1. Oui ;
  2. Non ;
  3. Ça dépend de mon besoin ;
  4. Ça dépend de la maison d’édition ;
  5. Ça dépend de l’offre précise qui m’est faite ;
  6. Oui, sauf si je me tourne vers elle par désespoir.

Réponses

2, 2, 2, 1, 2, 3, 3+4+5+6


Et vous, vous en êtes où avec le compte d’auteur ?

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