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3 trucs pour trouver
le nom de personnage idéal

par | 44 commentaires

Ce que vous allez apprendre dans cet article :

  • A quoi sert le nom du personnage
  • Quels principes sont conseillés pour le « nommage »
  • Où trouver de l’inspiration pour baptiser ses personnages

Souvent, les jeunes auteurs accordent une immense attention à la question du nom de personnage, et gaspillent dans ces réflexions toute leur énergie créatrice.

Bonne nouvelle : non seulement un nom de personnage n’a rien de définitif, mais en plus, il existe des outils qui transforment ce douloureux creusement de méninges en partie de plaisir.

À quoi sert un nom de personnage ?

Un nom sert avant tout, et par-dessus tout, à la commodité de la lecture. C’est une (évidente) lapalissade (et l’association de ces deux mots aussi), mais l’avantage pour un personnage de porter un nom, est que l’on peut le repérer tout au long du texte. C’est pourquoi, aussi, les personnages inconnus du narrateur acquièrent vite un surnom, ou se rangent sous une locution qui leur est réservée, et qui fait office de nom : “l’inconnue aux cheveux noirs”.

Un nom peut aussi servir à suggérer au lecteur le caractère du personnage. Attention tout de même, les coïncidences sont rares dans la vraie vie. Rien de tel pour gâcher une lecture, que de trouver un hypocrite qui s’appelle Chafouin, un lâche nommé Pétochard etc. Même dans un texte ouvertement humoristique, la ficelle est un peu grosse. N’en déroulez pas des kilomètres.

Le problème du nom de personnage

Le problème du nom de personnage : de quoi (b)attiser la colère de vos lecteurs ?

Le nom sert-il à indiquer la classe sociale du personnage, sa place dans votre univers ? Certes. On imagine mal un Jean-Hubert travailler à la carrosserie à Billancourt. Mais méfiez-vous tout de même des clichés. Tous les nobles ne portent pas la particule. De l’autre côté, « Marcel », ça vous évoque sans doute une image forte, musclée, qui sent des bras et qui trône dans son camion ? … Et Proust, alors ?

Renseignez-vous sur les noms que l’on porte dans la classe d’âge de votre personnage, mais aussi dans sa classe sociale, ce qui est plus délicat. Les sites pour trouver les prénoms de son enfant sont une bonne source d’inspiration ; en général, ils présentent des listes de prénoms populaires, donc au goût du jour.

Enfin, est-ce qu’un nom peut servir à donner une saveur particulière au récit ? Non ! Vous appelleriez votre fille Cassandrina, vous, ou votre fils Raz Algoul, parce que la sonorité vous plaît ? Un peu risqué pour l’avenir de l’enfant, n’est-ce pas ? Eh bien les parents de votre personnage non plus. Vous devez vous souvenir que votre personnage n’est pas votre chose, votre petit plaisir égoïste, mais qu’il a sa propre vie, son propre passé, ses propres tares ; pas la peine de lui ajouter un nom extravagant : le lecteur ne verra plus rien d’autre que cela, et ce n’est pas votre but.

Principes

Quelques principes sont, d’après moi, à garder à l’esprit lorsque l’on réfléchit au nom de ses personnages.

1. Ne pas s’accrocher à un nom

D’abord, ne vous accrochez pas trop aux noms que vous avez trouvés ; un nom, une couleur de cheveux ou d’iris, ce n’est rien. Soyez-en sûr, ces traits ne définissent pas votre personnage. Concentrez-vous sur son caractère, ses buts, ses dégoûts, car c’est ce qui le fera agir. Le lecteur veut voir des personnages en action, pas des listes de noms plus ou moins bienvenus. Pour cela, il peut lire l’annuaire.

De façon plus générale, il n’y a rien de définitif dans un texte qui s’écrit, surtout pas un nom. Ne soyez sûr de rien. Ne voyez pas l’écriture comme une accumulation patiente de petites certitudes. Un roman, une nouvelle, sont des jeux d’équilibre entre toutes sortes d’éléments. Si un événement inattendu doit chambouler ce que vous avez décidé auparavant, n’hésitez pas, chamboulez !

2. Privilégier la vraisemblance

Vous voulez écrire un roman qui se déroule dans notre monde contemporain, mais vous voulez des noms hors du commun pour vos personnages ? Non ! Soyez sévère avec vous-même : pas de gourmandise. Et si jamais un de vos personnages, tant pis, doit vraiment recevoir un nom fabuleux, dites-vous bien que pour tout son entourage, cela n’ira pas de soi : il se fera charrier, il provoquera des vexations (« Tu t’appelles vraiment comme ça ? Tu te fiches de moi, c’est pas possible ! ») Ce peut être un gag récurrent assez intéressant, mais surtout, tenez compte de cette bizarrerie, de la première à la dernière page. Et n’en faites pas une généralité.

NB : la bizarrerie, ce n’est pas forcément de s’appeler Judas Bricot ou Jean Bon. C’est aussi s’appeler Gérard ou Jean-Marie, à l’époque des Kévin et des Brayan. J’étais tombé sur un texte dans un forum de littérature, où l’auteur mettait en scène une bande de jeunes gens d’aujourd’hui, dotés de pouvoirs surnaturels. Ils s’interpellaient au cours de leur aventure : « Ça va, Jean-Michel ? Tu ne t’es pas noyé ? – Oui, Marguerite, mais j’ai bien cru que mes poumons allaient éclater… » Ne faites pas comme cet auteur-là, prenez un peu de distance. Retirez de votre texte tous les ridicules parasites, ceux qui arrêtent la lecture puis font oublier tout le reste. Maintenez à tout prix l’illusion romanesque. Sans elle, tout le reste, tous vos patients assemblages, s’effondreront pour ne plus se relever.

3. Créer les personnages pour eux-mêmes

Dernier principe concernant le nommage : vos héros ne doivent pas vous ressembler. Vos héros doivent ne pas vous ressembler.

Oh, bien sûr, ils vous ressembleront. C’est inévitable. Ils vous ressembleront parce qu’ils réagiront comme vous, qu’ils auront les mêmes tics de langage que vous… Tout cela est involontaire. Votre personnalité ressortira bien toute seule, pas la peine de lui faire un boulevard.

Car donner à votre personnage votre propre nom, votre surnom, votre nom secret ou le nom que vous aimeriez porter, c’est un acte délibéré, et c’est un mauvais point pour votre récit. Se mettre délibérément en scène, à la première place, affaiblira énormément votre histoire.
Chaque personnage, y compris le héros, doit être pour vous un défi : donnez-lui un caractère, des buts totalement éloignés des vôtres, et faites-les vivre, honnêtement, jusqu’au bout. Vous verrez tout de suite la différence : le plaisir d’écriture est multiplié par dix, au moins.

Trucs et outils

Il est donc important de “retirer” une partie de l’investissement psychologique que l’on aurait tendance à mettre dans le nom de ses personnages.

Comment ?

  • Réservez le nommage pour la fin du travail. Et pourquoi pas ? Vous arrivez bien à rédiger une histoire sans connaître son titre, ou du moins son titre définitif, n’est-ce pas ? Faites de même pour les noms. Baptisez votre héros X, votre héroïne Y, et ainsi de suite. À la fin de la rédaction, un petit coup de remplacement automatique, et voilà le travail !
  • Utilisez vos carnets pour noter des noms : Rien de tel, pour faire vrai, qu’un nom vrai, justement. Mais lorsque l’on recherche un nom, on revient sans arrêt aux idées les plus courantes, aux noms de notre entourage, des personnes célèbres. C’est quand on a besoin d’un nom qu’on n’en trouve pas. La solution : soyez à l’affut des noms, quand on les prononce devant vous. Notez-les ; et lorsque vous aurez besoin d’un nom, plongez-vous dans vos petits carnets…

GUNoF, générateur de noms pour toutes sortes d’univers, est il me semble le plus convaincant dans les résultats. Ces outils, destinés aux rôlistes, peuvent aussi servir aux écrivains.

Si vous aimez la difficulté (ou si vous voulez VRAIMENT nommer un de vos personnages d’après un nom réel, malgré toutes mes mises en garde, fou que vous êtes), il existe un générateur de noms de plume. Par exemple, si je rentre le nom de ma boulangère Germaine Grandclaude, voici ce que le générateur me propose :

  • Angelica GRUDA-MENDER
  • Madelena DIGER-GANCUR
  • Claudine ERMAG-ARDENG etc

Étonnant, non ?

Pour finir, un dernier conseil avant de baptiser vos personnages : pensez à ménager la mémoire du lecteur. Facilitez-lui la vie.

Je ne sais pas pour vous, mais lorsque j’essaie de me rappeler un nom ou un prénom, même si ma mémoire a déclaré forfait, il me reste quand même une première lettre. « C’était quelque chose en V… » « Machin B-Truc »… Il me semble que la mémoire des mots s’appuie beaucoup sur le premier son, le premier caractère du mot. C’est à vous, écrivain, d’exploiter ce mode de fonctionnement : variez les initiales des noms de vos personnages. Vous avez 26 lettres à votre disposition ; utilisez d’abord ces 26 lettres, et ensuite, si vous tenez tellement à faire un roman russe avec 50 personnages, vous aviserez…


Comme beaucoup de décisions dans l’écriture d’un récit, nommer ses personnages est une affaire de bon sens. C’est un acte important, mais qui ne doit pas vous priver de tout sens critique. Pour vous stimuler, vous inspirer, trouvez vos propres techniques. Celle du carnet, celle du générateur de noms pourront vous épauler utilement.


 

Et maintenant, facétieux internaute, à toi de jouer : quel est le nom le plus épouvantable, le plus invraisemblable, le plus désopilant que tu as croisé au détour de tes lectures ?

Dis-nous tout : on veut des noms !

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