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Les 3 stades
de votre style d’écriture
(chameau, lion, enfant)

par | 40 commentaires

Ce que vous allez apprendre dans cet article :

  • Les 3 stades du styliste : chameau, lion, enfant
  • Quelle importance donner aux questions de style dans votre écriture ?
  • Votre style idéal ?

Trouver son style d’écriture est un besoin capital pour tous les écrivains. Voici les trois grands stades d’évolution de votre style.

Développer votre style d’écriture vous fera passer par 3 stades : le “bien écrit”, le “mieux écrit” puis, tout simplement, l’“écrit”.

Dans son Zarathoustra, Nietzsche repère 3 stades de la sagesse : le chameau, le lion et l’enfant. Le sage commence ainsi par être un chameau, se chargeant de connaissances et de principes. Ensuite, le sage entre dans l’attitude du lion, agressif, actif. Ainsi armé, il s’attaque au dragon du « tu dois ». Enfin, le sage choisit de redevenir enfant, et de commencer une vraie vie de sagesse, dépouillé de toute connaissance ou idée préconçue.

Jouons un instant les « petit scarabée » : car le style, j’en suis convaincu, est avant tout affaire de sagesse.

Le chameau ou le “bien écrit”

Souvent, lorsque l’on commence en écriture, on se préoccupe énormément de la forme. Conséquence, peut-être, des cours de français où l’on nous apprend à reconnaître, dans un livre, les figures de style les yeux bandés ? Oxymores, anacoluthes, zeugmes et hyperchleuasmes semblent alors les clés universelles du texte littéraire. Bien sûr, cela n’est pas faux. Mais il s’agit juste de la partie la plus évidente de la vérité.

Vous êtes un auteur en herbe ? Fraîchement équipé de cette panoplie scintillante, vous vous mettez à écrire. Vous farcissez vos histoires de tournures mal maîtrisées, de ficelles poétiques, de bouts de philosophie, de vagues lueurs, d’inversions, d’incantations… Vous chargez votre texte comme un dromadaire. Si on n’y regarde pas de trop près, on dira que vous “écrivez bien”. Si on vous lit pour de bon, on s’ennuie.

Car le style d’écriture, c’est tout cela, oui, et rien de cela.

Trouver son style d'écriture est une traversée du désert

Avoir la bosse des lettres…
… est un bon début.

Le lion ou le “mieux écrit”

Un jour, si vous êtes dans le cas décrit ci-dessus, vous en aurez assez. Vous connaîtrez une révélation en vous relisant : vous vous ennuierez vous-même à votre lecture. Vous serez mûr alors pour entrer dans le combat du “mieux écrit”.

Vous vous débarrasserez d’un seul coup de l’attirail qui vous pèse. Vous commencerez une quête, une recherche de votre voix propre : adjectifs, idiolectismes, perles… Vous voudrez, à tout prix, ne ressembler à personne.

Votre Graal sera le “mot juste”. Vous avouerez fièrement que vous passez des heures sur chaque phrase, des journées sur chaque mot. Car le “mot juste” existe en vous, et vous seul savez le faire surgir de vos espaces intérieurs.

Ce sera une époque de satisfactions subtiles, et de grandes faims intellectuelles. Vous serez heureux. Enfin, vous le serez… spirituellement.

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Tout feu tout flamme…
… pour le « mieux écrit ».

L’enfant : “écrit”, tout simplement »

Et puis, vous vous relirez. Un jour “sans”, un jour où on se prend soi-même par surprise. Et vous aurez une amère déconvenue : ce fatras bariolé, ce livre en costume de clown, est-ce bien vous qui l’avez écrit ? Hélas, oui.

Car le “mot juste” vieillit mal. Ce qui vous a “parlé” un moment, vous fera sourire l’instant d’après. L’exploration passionnée de votre cœur d’écrivain n’aura trouvé que des mots éphémères.

Alors, vous dépouillerez le chercheur, l’explorateur, le briseur d’habitudes, bref, le lion.

Vous comprendrez que le style d’écriture, celui qui fait fonctionner le texte, celui qui traduit au mieux votre pensée, est invisible. Le vrai styliste apprend tout, essaye tout, puis il revient à son point de départ.

Vous essaierez d’écrire “comme tout le monde”, et vous vous rendrez compte de cette merveille : en écrivant comme tout le monde, on n’écrit comme personne. En cherchant la voix de l’évidence, on trouve d’instinct les formules comme les “mots justes”.

Vous comprendrez que le meilleur style, c’est celui qui se fait oublier. L’accomplissement surviendra lorsque votre lecteur relèvera le nez de votre texte après le mot “fin”, et qu’il se dira « Bon sang, mais en plus, c’est bien écrit ! J’avais même pas remarqué ! » Car le style, à ce moment-là, sera devenu ce qu’il doit être : la partie d’un tout, un simple moyen au service de l’histoire. Un serviteur.

Z Les 3 stades de votre style d’écriture

L’arrière-salle du café de Flore
Un ramassis de vieux écrivains passés maîtres
dans la pratique stylistique.

La nuance rhétorique : style d’écriture atticiste et asianiste

Une autre approche intéressante de ces questions de forme nous vient de l’Antiquité. Au Ier siècle avant J.-C., les orateurs grecs se rangent entre les tenants du style clair, sobre, et ceux d’un style plus orné, sentimental : les atticistes et les asianistes. Voici une définition moderne de l’atticisme (à propos du compositeir Gabriel Fauré) :

… l’atticisme, qui se définit si bien par ses contraires : l’emphase, l’outrance, la vulgarité, la lourdeur, l’affectation, l’effort – l’atticisme qui n’appuie pas, qui n’insiste pas, qui ne crie jamais, qui n’emploie jamais plus de mots ou de notes qu’il n’en faut, qui a le sens inné du choix et de la mesure, qui est la forme suprême du goût, dans un parfait naturel.

Vous et votre “staïle” : mise en pratique

La démonstration ne serait rien sans un peu de pratique. À quoi devez-vous faire attention, si vous voulez progresser plus vite sur la voie du style ? Quels principes pouvez-vous vous donner ?

  • Persuadez-vous que le style d’écriture “littéraire” est une convention qui ne correspond à rien de réel. Ne faites rien qui affaiblirait involontairement l’“illusion romanesque”.
  • Le style ne doit pas être votre préoccupation principale. La forme est subordonnée au fond. Autrement, on tombe dans l’épouvantable :

    Elle, défunte nue en le miroir, encor

    Que, dans l’oubli fermé par le cadre, se fixe

    De scintillations sitôt le septuor.

    Au contraire, n’hésitez pas à plier la forme à ce que vous voulez dire. Tant pis si la perfection formelle y laisse des plumes.

  • Méfiez-vous des dangers les plus simples : les clichés, les lourdeurs, et l’écriture “à la manière de”. Si votre trouvaille sent le déjà-vu, supprimez-la. Un léger doute suffira pour la condamner. Si votre élégance entraîne une lourdeur, supprimez-la. Et surtout, ne cherchez pas à écrire comme Untel. Vous avez une voix à faire entendre : la vôtre ; laissez votre écrivain favori se soucier de la sienne.
  • Un texte de fiction n’est pas fait pour impressionner. Ne cherchez JAMAIS à être brillant. Dès que vous serez brillant, vous détournerez l’attention du lecteur de ce que vous voulez raconter. en voulant l’impressionner, vous vous ferez votre propre ennemi.
  • Le “mot juste” n’existe pas. Il vous paraîtra peut-être juste ici et maintenant, mais pas le lendemain, et jamais pour autrui. Or, c’est à autrui que vous vous adressez. Un mot ne sera jamais juste s’il semble incongru, déplacé. La justesse, en littérature, est affaire de contexte, de fluidité.

Et un dernier pour la route…

Apprêtez-vous à revenir sur vos pas, pour recommencer la route sur un chemin meilleur.

Oubliez toute question de style, tant que vous n’aurez pas trouvé le vôtre. Le style d’écriture se forge dans la pratique. Votre écriture propre, assurée, naîtra de vos épreuves d’auteur.

Un jour, quand vous aurez cessé de vous soucier de la forme, vous relirez votre dernier texte. Vous vous rendrez compte que vous tenez le ton juste. Et vous verrez que tout cela est bon.


Et toi, mon bel internaute sauvage ? Chameau, lion ou enfant ?

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