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Les 3 dangers
de l’abus de métaphore

par | 5 commentaires

Ce que vous allez apprendre dans cet article :

  • Ce qu’est une métaphore
  • Repérer les métaphores invisibles
  • Les risques, pour votre récit, de la sur-métaphorisation

La métaphore est un réflexe naturel de l’écrivain. Mais l’abus de métaphores est dangereux pour le texte ; voici pourquoi.

La métaphore, le fait de comparer une chose à une autre pour mieux la définir, est une des figures de style les plus connues et les plus pratiquées. Tellement pratiquée qu’on ne la remarque plus, au contraire de l’hyperchleuasme, par exemple, qui peine à se faire discret dans les soirées mondaines…

Mais que se cache-t-il vraiment derrière le procédé banal ? L’abus de métaphores n’est-il pas dangereux pour la plume ?

Prenez conscience des dangers des métaphores ; repérez-les là où elles se cachent, puis domptez-les, pour vivre enfin, elles et vous, en bonne entente.
Les dangers sont, d’après moi, au nombre de trois. La métaphore :

  1. vous emmène vers le réflexe de pensée ;
  2. loin de simplifier votre propos, le complique ;
  3. vous entraîne malgré vous dans une vision du monde qui n’est pas forcément la vôtre.

1. La métaphore comme réflexe de pensée

Elle gardait les paupières closes, s’abandonnant au plaisir qui l’inondait.

plongé dans un abîme de douleur

attiser la curiosité

Qu’est-ce qui est commun à toutes ces expressions ?

La parenté entre métaphore et cliché est plutôt serrée. La métaphore vient souvent sous notre plume par réflexe. Bien entendu, toutes les métaphores ne sont pas « cliché », mais le réflexe est là, depuis notre petite enfance : « C’est comme quand… »

Plusieurs indices montrent que la métaphore, dans notre culture, est un véritable réflexe de pensée.
Or, votre mission, en tant qu’écrivain, est de vous méfier des réflexes.

2. La métaphore comme facteur de complication

Métaphoriser, c’est s’attarder. C’est prendre son temps pour décrire, choisir la solution complexe. Cela est parfois indispensable. Mais ne soyez pas esclave de votre envie de décrire. Ne perdez pas de vue ce qui nourrit vraiment votre histoire : votre intrigue, les actions et réactions de vos personnages.

La métaphore flotte mais ne coule pas ?

Une métaphore, c’est comme un canard dans une piscine A vous de me dire pourquoi !

Posons-nous sincèrement la question : est-ce que la métaphore est le meilleur moyen de description possible ? Personnellement, après vingt ans d’écriture, je n’en suis pas du tout certain.
Décrire un lieu, un objet, un personnage, c’est essayer, à chaque fois, de résoudre une petite énigme. Or, plus on compare, moins on décrit : au lieu de résoudre l’énigme, les métaphores la démultiplient. Du strict point de vue de la communication, c’est une impasse.

Bien sûr, cet effet d’énigme de la métaphore peut être bienvenu. Mais sachez le doser exactement.

Peut-être avez-vous, en cet instant, un petit sourire en coin ? La théorie vous paraît juste, mais vous ne croyez pas qu’elle se vérifie ? Démonstration, avec un texte de notre ancien ministre Dominique de Villepin (une plume ébouriffante, signalée par Pierre Jourde et Eric Naulleau, bénis soient-ils) :

Face aux Minotaures, ce fil d’encre et de papier m’a aidé à tenir le cap. (…) Quoi que l’on entreprenne, il y a toujours vautours et gibets au bord du chemin. Mais peut-être notre meilleur allié est-il parfois le mauvais sort. À minuit, la solitude se brise par la grâce de compagnons sollicités, compagnons invisibles qui défrichent la vie aux avant-postes, qui fixent des repères, qui nous donnent des mots comme autant d’armes pour notre propre combat.

Que comprendre là-dedans ? Rien. Le sens a été tellement démultiplié qu’on ne le perçoit plus. Quand un fil (Ariane) d’encre et de papier aide à tenir un cap (navigation maritime) face à des minotaures (Ariane bis), quand la solitude se brise (truc fragile genre vase) par la grâce (Dieu) de compagnons qui défrichent (bûcheronnage) la vie aux avants-postes (militaire), on ne sait plus de quoi il est question. Les diverses métaphores ont été filées en un gros sac de nœuds.

3. La métaphore comme vision du monde

L’accumulation de métaphores sous-entend un choix philosophique : car comparer abondamment, à la longue, met sur le même plan l’animal, le végétal et l’humain, l’inerte et l’animé… La métaphore à outrance sous-entend une sorte de « tout est dans tout » diffus et mollasson.

Là encore, la composante culturelle ne se fait plus sentir. Et pourtant, elle est là. Comme on le ressent dans l’exemple (extrême) de la poésie ministérielle cité plus haut, ce réflexe métaphorique pourrait bien venir du romantisme. Allons plus loin : le besoin de mélanger le vivant et les phénomènes, l’inerte et l’intelligent, etc., fleure bon le pré-romantisme, et les images bucoliques de l’homme primitif selon Rousseau.

La vision animiste du monde vous séduit ? Métaphorisez, faites-vous plaisir ! Mais faites-le en connaissance de cause.
En tant qu’écrivain, vous avez le droit d’interroger le fait culturel, de le remettre à plat.
N’écrivez jamais en désaccord avec votre vision du monde.


Dans cette première partie, nous avons donc vu quels étaient les dangers, pour l’écrivain, des métaphores. Un autre article traite, pour sa part, des métaphores cachées ; surtout, il vous explique comment faire la paix avec le « réflexe métaphorique »…


Et toi, circonlocutif internaute ? Tu les aimes, les métaphores ? Fort fort ?


[1] Hervé Laroche, Arléa, 2004. J’en déconseille la lecture : ce livre-là, pour un écrivain, c’est comme le Larousse médical pour la plupart des gens. On en parcourt quelques pages et on s’imagine déjà dans la tombe.

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