Faut-il déposer son manuscrit ? 2 sur 2
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Dans un premier article, nous avons vu quels sont les risques du plagiat en littérature. Vous avez appris à ne plus « craindre le vampire sous votre lit », comme dirait notre bon Oliv. Mais si vous ne voulez rien entendre, ou si votre manuscrit présente un (vrai !) caractère d’innovation que vous souhaitez protéger, voici quelques moyens que vous pouvez mettre en Å“uvre.
Si vous êtes inquiet de nature, et si vous avez de l’argent à gaspiller, ou si votre concept de livre est vraiment innovant (par exemple, mettons, un livre-enquête interactif qui met Internet à contribution, ou ou un livre jeunesse avec des personnages en baudruche gonflable...) alors oui, le dépôt de votre projet peut vous être utile.
Apprenez tout d’abord à savoir de quoi vous parlez. Oubliez le terme de « copyright » : comme je l’expliquais dans mon article sur les contrats, en droit français, ce mot ne vaut strictement rien.
Vous voulez vous plonger dans les articles de loi, la typologie des modes de protection... ? Je vous recommande une excellente page sur Le portail du livre, opportunément intitulée « Le plagiat ».
À présent, voici un aperçu des pratiques les plus courantes du monde des auteurs de livres.
- L’envoi à soi-même : Cette méthode offre une petite sécurité. Elle ne prouve pas la paternité de votre texte, mais elle peut vous aider à prouver son antériorité. Comment faire ? Il suffit d’imprimer un exemplaire et de vous l’adresser par la Poste, sans ouvrir l’enveloppe.
- Le dépôt à la Société des Gens de Lettres : Cette structure associative nationale a pour vocation de protéger les auteurs contre les pratiques abusives du monde du livre (principalement celles des éditeurs). Elle propose un service d’enregistrement des Å“uvres pour les écrivains, qu’ils soient ou non sociétaires. Montant à ce jour : 45 € maxi.
- L’enveloppe Soleau : Elle est bien connue des Géo Trouvetou en tout genre, puisqu’il s’agit d’un service de l’INPI, l’Institut National de la Propriété Intellectuelle. Elle porte le nom de... son inventeur, Eugène Soleau, qui en a déposé le brevet ! Le système de l’INPI permet de déposer une idée, mais peut être « détourné » pour déposer une oeuvre. L’enveloppe se compose de deux compartiments. Une fois réceptionnés par l’INPI, ils sont perforés au laser, puis un compartiment vous est retourné. L’autre va dans les archives de l’INPI pour 5 ans. La garantie de dépôt nécessite que les deux enveloppes restent cachetées pendant toute sa durée. Coût d’une enveloppe à ce jour : 15 €. Trouvez ici toutes les précisions sur l’enveloppe Soleau.
- Les sociétés privées de dépôt : Ces entreprises vous proposent des services béton, comme l’enregistrement de votre texte, le dépôt dans un coffre-fort en Suisse dont le numéro est connu par un nain borgne prisonnier d’une île du Pacifique... Très rassurant, et parfois ruineux.
- Le dépôt de brevet : Là encore, vous détournez un service de l’INPI. Vous ne pouvez que breveter une idée de texte, pas un texte. L’opposabilité de la preuve n’est semble-t-il pas garantie : le brevet sert surtout à protéger une invention. Plus d’infos ici.
Attention à l’illusion de sécurité que peut offrir le dépôt. Vous ne déposez pas votre texte dans l’absolu, mais un état du texte à un moment donné. Plus vous faites de changements sur le texte après son enregistrement (changement de titre, remaniement du plan...), et le Diable sait combien les écrivains sont des chambouleurs dans l’âme, plus votre « preuve » devient fragile.
Vous avez protégé votre manuscrit ? Fort bien. À présent, faut-il le mentionner ? Faut-il le signaler aux éditeurs que vous allez démarcher ? La réponse est non ! Si vous voulez savoir pourquoi, rendez-vous ici.
Dans l’esprit, le dépôt d’oeuvre est une démarche privée entre vous et vous-même, une précaution. Celle-ci n’a pas à s’afficher.
Une petite note pédante au passage... Je vous en supplie en toute gentillesse : « plagiat » est un mot français, pas italien. Il ne se prononce pas et ne s’est jamais prononcé « pladgia ». Il ne s’écrit pas « plaggia ». Connaissez votre ennemi : prononcez-le, écrivez-le correctement...
Vous l’avez vu avec cette mini-série d’articles, le dépôt d’œuvre est une pratique plutôt superflue. Mais les solutions existent, et vous pouvez vous rassurer à peu de frais sur les risques de plagiat.

- Aurez-vous la peur du plagiat, comme tout le monde ? Ou montrerez-vous de la bravoure littéraire ?
Cela dit, il est peut-être plus responsable de jouer, de prendre le risque. Écrire est un don, un cadeau que l’on fait ; il faut bien, à un moment où à un autre, ouvrir la main.
Et puis, l’écriture est affaire de singularité, n’est-ce pas ? Le réflexe de la protection d’œuvre est universel, tous les écrivains en herbe ont le même. Soyez différent. Là aussi.
C’est à vous : vous connaissez des histoires de plagiat ?

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