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Envoi de manuscrit  :
les 10 gaffes de vos courriers

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Ce que vous allez apprendre dans cet article :

  • Ce qu’est le courrier d’accompagnement
  • Les 10 erreurs courantes
  • Ce que votre enveloppe/e-mail de soumission devrait contenir

L’envoi de manuscrit à une maison d’édition, c’est une chose. Mais que mettre dans votre courrier pour ne pas vous « planter » ?

Vous avez bouclé une première version de votre manuscrit, vous l’avez imprimé, relié, l’éditeur est ciblé, l’enveloppe est prête, un petit courrier d’accompagnement et vous pourrez poster le tout… Mais là, crac ! Page blanche. Vous qui avez su avec brio dérouler les aventures de votre héros, Jean-Claude le canard unijambiste, vous vous retrouvez à sec, vidé, lessivé, désertifié, bloqué par une foule de questions nouvelles : courrier court ? Long ? Et pour le ton : neutralité ? Connivence ? Dureté ? Et les pièces à joindre… ?

Un courrier pour les accompagner tous

Une lettre d’accompagnement sert d’abord à donner envie de vous lire. Vous devez donc vous concentrer sur cet aspect, et éviter, dans votre propos, les bourdes qui dissuaderont l’éditeur d’aller plus loin. Vous pouvez étoffer votre courrier avec quelques pièces jointes, sans en abuser. Mais surtout, n’oubliez pas que vous êtes écrivain : votre missive doit être bien tournée. Elle doit sortir du lot.

Même si chaque auteur, chaque manuscrit et chaque maison d’édition se combinent dans des situations infiniment variées, le courrier d’accompagnement présente quelques constantes.

A quoi sert-il ?

  • à donner la nécessaire touche de politesse à votre envoi ; [1]
  • à donner une première impression positive sur vous, vos qualités de rédaction, votre caractère ;
  • à déclencher l’envie de vous lire.

En revanche, votre courrier “en fait trop” s’il :

  • tente de défendre, d’expliquer le manuscrit. Votre texte doit se défendre par lui-même, comme il devra se défendre par lui-même sur une table de librairie ;
  • raconte votre manuscrit. Cela n’empêchera pas l’éditeur de le lire, si c’est ce que vous espériez…
  • impose des choix, des délais à l’éditeur que vous prospectez. Rappelez-vous que par votre envoi, vous sollicitez un travail (de lecture, de réflexion). Laissez votre interlocuteur s’organiser comme il l’entend ;
  • installe une ambiance embarrassante (pathos, agressivité…) Vous vous adressez à un pro et, surtout, à un inconnu. Il sera bien temps, quand vous vous connaîtrez mieux, de développer d’autres rapports.

Florilège de gaffes

Voici quelques gaffes à ne pas commettre, de la plus courante à la plus improbable… Certaines vous feront sourire, sans doute ; mais tout ce que j’évoque ici, je l’ai lu de mes propres yeux lorsque j’étais éditeur, dans de vraies lettres d’accompagnement !

  1. Courrier dactylographié. Ici, l’aspect négatif reste discutable. Je trouve pour ma part que le courrier écrit à la main apporte un petit plus, mais un courrier tapé à la machine [2] ne sera pas mal perçu pour autant. Mais enfin, même si vous avez une vilaine écriture, faites cet effort de rédaction manuscrite. Symboliquement, ce sera un bon point pour vous : vous n’avez pas fait un envoi massif et aveugle, vous avez pris votre temps pour vous adresser humainement à chaque maison d’édition.
Envoi de manuscrit

Envoi de manuscrit :
privilégiez un courrier ultra-léger.

  1. « Manuscrit déposé sous le numéro machin à la Société des Gens de Lettres » (ou équivalent). Un bon conseil : n’écrivez JAMAIS cela. C’est comme aller à son mariage avec un préservatif neuf en guise de pochette : bonjour la confiance ! Rien ne vous empêche de protéger votre manuscrit, mais par pitié ne l’annoncez pas à l’éditeur. Avec cette petite mention, vous lui faites savoir que vous vous méfiez de lui (et de l’édition en général), que vous allez vers lui à contrecœur et que vous remettrez en cause tout ce qu’il fera. Est-ce vraiment votre but ?
  2. « Mon texte a beaucoup plu à mon entourage, à mes amis, à ma voisine… » Évitez de citer ce public qui ne représente rien pour l’éditeur. D’abord parce que ces gens ne sont pas représentatifs, et ensuite parce qu’ils ne sont pas un modèle d’objectivité. D’ailleurs, profitez-en pour vous poser la question : « Si tout mon entourage en dit du bien, est-ce vraiment bon signe ? »
    En revanche, il se peut que vous ayez sous le coude un courrier, un e-mail élogieux d’une personnalité à qui vous aviez soumis ce texte. Dans ce cas, et si la personne a une certaine légitimité par rapport au sujet du texte, une petite photocopie, ou une citation dans votre lettre, ne peuvent pas vous nuire.
  3. « Par mon réseau de relations, je peux placer ouat’mille ouvrages » (… et tous les arguments sur le thème « Mon livre va vous faire gagner beaucoup d’argent. ») Dans l’absolu, c’est certes un bon argument. L’éditeur sera toujours intéressé, non pas que vous assuriez le travail de vente à sa place, mais que vous soyez prêt à faire cause commune avec lui pour pousser le livre. Malheureusement, cette promesse est ensuite rarement tenue par l’auteur (« Finalement, je ne veux pas embêter mon réseau… » ; « Je n’ai pas de temps à y consacrer… ») Vous, vous êtes revenu sur votre parole, mais votre éditeur, lui, se retrouve en difficulté sur le projet. Cette promesse de vente, dès le départ, a donc tendance à hérisser l’éditeur. Gardez l’argument pour vos négociations futures, et restez prudent dans vos engagements commerciaux.
  4. « Mon roman ferait un très bon film. » Tous les romans peuvent faire un film, même un mauvais film. [3] Le métier de l’éditeur est d’abord de réaliser votre roman, et de le faire vivre. Concentrez-vous d’abord, avec lui, sur cette tâche. La vente de droits, c’est un bonus extrêmement rare. Et si vous voulez avant tout faire un film, soyez logique : arrêtez de soumettre vos manuscrits à des maisons d’édition. Démarchez directement les scénaristes, ou les producteurs.
  5. « Mon livre peut paraître ceci cela, mais c’est voulu : j’ai fait ce choix en hommage à l’écrivain Bidule, que j’admire beaucoup » Les explications, stop ! Comme je vous le dis plus haut, un livre doit se défendre tout seul. S’il arrive un jour en librairie, il sera pris en mains quelques secondes, feuilleté, et puis voilà. J’achète, j’achète pas ? La majorité des lecteurs ne cherchera pas plus loin. Non pas parce qu’un lecteur est un imbécile, mais parce qu’il a beaucoup trop de choix.
    N’oubliez pas que l’éditeur est le porte-parole de son lectorat, qu’il sera pour vous le “premier lecteur”, celui qui les résume tous. Alors, même si c’est quelqu’un d’extrêmement compréhensif, partez du principe qu’il ne faut pas trop lui en demander. Laissez tomber les argumentations et les explications, et voyez si votre offre tient encore la route sans ces béquilles…
  6. « J’ai été voir d’autres maisons d’édition avant, j’ai été refusé, alors je m’adresse à vous. » Est-ce que je dois vraiment expliquer pourquoi ce genre de mention est stupide ?
  7. « Je sais que vous êtes très occupé, mais pourriez-vous vous dépêcher de me répondre ? En effet, j’ai besoin du manuscrit pour le soumettre à vos concurrents/je n’aime pas patienter, j’ai besoin de savoir vite/j’ai d’autres éditeurs intéressés, je ne voudrais pas les faire attendre. » Ne tentez pas de bluffer ; ne révélez pas trop les dimensions de votre ego. Tout ceci est fort grossier, votre interlocuteur a une longue habitude de ce genre d’arguments.
    Et surtout, surtout, n’essayez pas d’imposer votre calendrier à votre éditeur. S’il prend son temps, peut-être que c’est pour laisser pourrir votre manuscrit dans un coin de son bureau. Mais peut-être aussi qu’il le fait circuler, qu’il en parle à sa femme, qu’il sonde déjà les libraires… Laissez-le faire son métier. C’est un métier, comme celui d’écrivain, où il faut d’abord du temps.
  8. « Je sais que vous n’aimerez sûrement pas mon texte, mais je vous le soumets quand même. Faites un effort pour me lire vite, que je sois au moins informé rapidement de votre refus… » Comment dire… Voilà une sorte de record dans l’explosion de chevilles. L’auteur (je cite de mémoire, mais je vous jure que le propos du courrier était exactement celui-là) est tellement sûr de lui qu’il pardonne d’avance à l’éditeur son refus. À votre avis, qu’est-ce qu’on a envie de répondre, sur-le-champ, à un gugusse pareil ? Eh bien c’est exactement ce que j’ai fait !
    Ne donnez pas l’impression que vous savez ce qui vous attend. Ne prenez pas la décision à la place de celui que vous sollicitez.
  9. « Si jamais mon manuscrit ne vous intéresse pas, je vous informe que je suis aussi compétent en correction. » Et puis quoi encore ? le café et l’addition ? Deux demandes, deux courriers, et tant pis pour l’économie de timbres. Et si je peux me permettre un conseil supplémentaire : décidez ce qui est le plus urgent pour vous, entre demander un poste ou soumettre un écrit. Faites la démarche la plus urgente, et attendez un certain temps avant de faire la seconde.
  10. « Ce serait bien de m’éditer car je suis très malade ; je vais subir un triple pontage dans un mois, j’aimerais recevoir une bonne nouvelle avant de passer sur le billard. » Incroyable mais vrai ! [4] Là encore, je ne m’étendrai pas. Imaginez juste le sympathique embarras dans lequel cette personne nous a mis pour refuser son projet. Car on lui a dit non. Étonnant, non ?
    Je précise que ce n’était pas par dureté de cœur. Le livre ne correspondait vraiment pas à nos critères.

Envoi de manuscrit : les pièces jointes

Il peut être intéressant de joindre quelques pièces à votre dossier, pour donner de meilleurs éléments de décision à votre destinataire :

  • un courrier élogieux d’une personnalité significative (vous faites un livre sur le heavy metal et vous avez un petit mot de Pascal Sevran ? Bof.)
  • un synopsis. Je vous renvoie à mon article sur “Comment présenter son manuscrit” ;
  • de la presse sur vos précédents ouvrages, sur vos premiers pas dans le monde de l’édition, ou votre notoriété dans un domaine proche du livre (si vous êtes grand maître du boudin blanc 2011, oubliez). À manipuler avec précaution ;
  • une biographie ou un CV.

Écrivain jusqu’au bout des…

… des courriers, bien sûr !

Je vous ai détaillé les extrêmes d’absurdité qu’on peut trouver dans une lettre d’accompagnement, mais cela ne doit pas non plus vous refroidir et vous formater. Vous êtes écrivain, oui ou non ? Alors montrez-le, jusque dans votre courrier. Comment ? Vous trouverez bien !

J’évoquerai simplement ici pour vous une jolie lettre que nous avons reçue un jour. Elle répondait à tous les codes de la correspondance professionnelle, elle ne dérapait à aucun moment vers un des défauts cités plus haut, et pourtant, il y avait une patte, un plaisir d’écrire qui en disait plus long que tous les arguments du monde (je cite de mémoire) :

Madame, Monsieur,

Laissez-moi vous raconter l’histoire d’un jeune auteur, qui avait écrit un roman. Après des mois de réflexion et de travail, le roman lui plaisait toujours. Il décida donc de l’envoyer à un éditeur […]

… peut-être, voir son manuscrit accepté par une maison d’édition. Seriez-vous cet éditeur ? L’auteur l’espérait très fort (etc)

Dommage, le manuscrit ne rentrait pas dans nos collections, même en forçant beaucoup. Mais croyez-moi, celui-là, il a eu une réponse motivée, et avec quelques recommandations pour nos confrères.

Voici d’autres extraits de courriers sympathiques :

Je me doute bien en vous adressant ce manuscrit que votre maison est submergée de propositions diverses et variées, certainement de qualité très variable. Je suis néanmoins convaincu que si vous trouvez le temps de vous plonger “dans le bocal” avec XXX

 

(le héros est un poisson)

 

Si toutefois ce roman ne vous convenait pas pour une publication, je vous serais reconnaissante de me faire connaître les motifs de votre refus, car j’en tirerais un certain profit.

 

Permettez-moi de vous raconter une petite histoire. Vraie !
Il était une fois un homme qui croyait qu’il suffisait de s’improviser auteur, pour qu’aussitôt le monde de l’édition, qu’il supposait largement ouvert, s’offre à lui et l’invite dans la longue et valorisante liste des écrivains publiés […] Que pouvait-il encore lui arriver ? Quel événement pouvait encore en écrire quelques pages ? Une rencontre, peut-être…

 

Vous êtes écrivain, vous avez droit à l’originalité dès que vous rédigez quoi que ce soit. Alors, à vous de trouver le petit décalage qui fera de votre courrier d’accompagnement un texte unique. Pensez à Jean-Claude le canard unijambiste : vous lui devez bien ça.


Et c’est ton tour, délirant internaute : montre-nous des extraits de tes propres courriers d’accompagnement !


[1]C’est pourquoi il en faut toujours un. Suivez les règles de présentation de courrier (formules, en-tête…) ; si vous ne les connaissez pas, fouillez un peu sur Internet, il y a d’innombrables ressources.

[2]On me pose aussi la question du courriel : je vous renvoie à mon article sur la présentation du manuscrit. Si l’éditeur demande un envoi par mail, le courrier d’accompagnement sera bien entendu un courriel, et vous ne pourrez pas faire la preuve de vos qualités graphologiques. Une prochaine fois, peut-être ?

[3]Petit jeu : pendant quelques mois, regardez le générique des films que vous voyez ; regardez-le jusqu’au bout. Et vous verrez que l’industrie du film toute entière est alimentée par la littérature.

[4]Bon, en réalité, la demande émanait de l’épouse du monsieur ; elle s’imaginait que l’éditeur serait ravi d’adoucir les derniers jours (éventuels) de son mari.

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