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Les 6 questions
pour varier vos incipit

par | 10 commentaires

Ce que vous allez apprendre dans cet article :

  • Pourquoi soigner ses incipit
  • Comment varier à coup sûr ses débuts de scène

Rien de pire que des incipit qui se ressemblent tous. Voici un canevas pour aider les écrivains à varier leurs débuts de scènes.

Vous êtes en train d’écrire votre livre. Ce soir, vous avez une scène importante à rédiger. Vous disposez de tout, les personnages, l’intrigue, les gags, les répliques. Il ne vous reste plus qu’à vous y mettre.
Et là, horreur et putréfaction ! Le syndrome de la page blanche ! La panne d’inspiration ! Vous avez beau retourner les premières phrases dans tous les sens, votre incipit ne “colle” pas avec votre idée ; toutes vos phrases boitent à trois jambes !
Les débuts de chapitres, les débuts de scènes, jouent toujours un rôle capital dans une fiction. À la longue, vous aurez l’impression d’avoir épuisé tous les débuts possibles, ou de faire toujours la même chose. Vous vous retrouverez coincé comme un rat trop malin, à l’entrée du labyrinthe.

Voici une petite méthode de composition des “débuts de scène”, tirée de mes lectures et de ma pratique.

Cette méthode n’est bien sûr pas close. Elle ne doit pas devenir votre corvée, mais vous servir de stimulant, dans les moments où vous aurez plus de mal à y voir clair. Elle doit vous rendre toute la variété que vous avez pu perdre au fil du temps.

Elle a quelques défauts, quelques redondances, mais elle a le mérite d’exister. Si avec ton aide, internaute, je peux l’améliorer, j’en serai sincèrement ravi et content !

(NB : si votre problème est plutôt de poursuivre ce que vous avez commencé, rendez-vous sur l’article suivant)

Les 6 questions pour mixer vos incipit

Pour que votre début de scène [1] soit “blindé”, il faudra vous poser 6 grandes questions :

  1. Où se situe le début du récit (temporel) :
    • avant le début de la scène ;
    • après celle-ci ;
    • en même temps qu’elle ;
  2. Comment est la focalisation (spatiale) au début de la scène :
    • Elle se rapproche de la scène ?
    • Elle est déjà dans l’action ?
    • Elle part d’un détail pour s’élargir aux dimensions de la scène toute entière ?
  3. Déterminer sur quoi amorcent les toutes premières phrases de la scène (voir possibilités d’amorces ci-dessous) ;
  4. Déterminer comment le récit glisse vers le premier personnage dans la scène. Le premier personnage à agir fait-t-il quelque chose :
    • d’attendu ;
    • d’inattendu ;
    • de drôle ;
  5. Choisir d’intercaler une éventuelle digression (description du paysage, de l’ambiance) entre l’amorce et la suite
  6. Penser à mentionner le plus vite possible un élément-clé de la compréhension de la scène (les vécés sont fermés de l’intérieur)…

Si vous souhaitez varier au maximum les combinaisons, vous pouvez vous faire un mini-tableau pour vous rappeler vos choix, scène par scène.

Un autre moyen de vous servir de ce questionnaire, est la méthode oulipienne : choisissez au hasard la réponse à chacune des 6 questions, et tâchez ensuite d’écrire ce début comme le Sort en a décidé. Après quoi, revenez en arrière si vous le souhaitez ; peut-être que, tandis que vous débattiez avec cette contrainte débile, le véritable, l’unique, le vrai début de cette scène s’est imposé à vous.

Des incipit qui ne laissent pas le lecteur en rideau

Des incipit qui ne laissent pas le lecteur en rideau

Amorces de scènes

Le plus délicat est sans doute de varier ce que j’appelle les “amorces”. Le petit fait, les 2-3 phrases qui installent tout le reste.
Là, pas de secret, il faudra vous constituer votre propre bibliothèque d’amorces, en lisant, ou en relisant vos œuvres favorites.

Pour vous aider, voici ma propre liste d’amorces (de la plus évidente à la plus subtile). J’ai évité de donner des exemples, pour lui laisser un caractère général ; mais je peux bien sûr expliciter tous les points qui vous paraîtraient trop nébuleux :

Amorce sur une action

  • Le récit démarre simplement, comme s’il avait à peine été interrompu par la fin de la scène précédente ;
  • Une action générale (marcher) menée par le personnage, puis passage à des gestes plus ponctuels (tout ce qu’il fait, ce qu’il pense en marchant) ;
  • Le lever d’un personnage, le début d’une journée ;
  • Un personnage se prépare à effectuer une action ; puis description du décor (digression) puis le personnage entre en action de manière inattendue ;
  • Récit de ce que le personnage pourrait faire… puis on détrompe le lecteur : voici ce qu’il fait en réalité ;
  • Un ou plusieurs personnages inconnus agissent (l’accent est mis sur l’action seule) ; puis, le récit révèle que ces personnages sont X et Y, bien connus du lecteur ;
  • Des quidams discutent de choses et d’autres. Ils en viennent à parler de tel événement important, qui s’avère être la conclusion d’une scène précédente, qui avait été laissée en suspens ; un personnage inconnu questionne ces quidams, ou les écoute, puis il commence à agir : on comprend que c’est celui dont il était question dans les événements rapportés.

Amorce sur une réflexion

(à manier avec parcimonie ; il n’est rien de plus pénible qu’un récit trop intellectualisant)

  • Un personnage seul avec ses pensées, sans indication de situation, puis il entre dans une scène, et la découvre en même temps que le lecteur ;
  • Un personnage anticipe en pensée une scène puis elle démarre, conformément, ou contrairement à ce qu’il avait prévu.

Amorce sur une habitude

  • Description d’une scène récurrente, habituelle, puis on passe à une version singulière de cette scène ;
  • Description d’une scène récurrente, habituelle, puis on passe au personnage qui a décidé, cette fois, qu’elle serait différente.

Amorce sur un décor ou une ambiance

(ne pas en abuser, car les jeux de décor sont comme les effets de zoom chez les cinéastes du dimanche : trop, ça barbouille)

  • Considération météorologique, puis pensées ou réactions d’un personnage au cœur de ce climat ;
  • Un nouveau lieu (et éventuellement son rapport avec le personnage) ; puis le personnage est situé, ou arrive dans ce lieu ;
  • Un lieu vaste (un complexe, un bâtiment, un milieu naturel) puis une salle dans ce bâtiment, les conversations dans cette salle, un coin dans cette salle etc. On finit sur le personnage en train de faire quelque chose ;
  • Description d’un événement historique, d’une grande scène, puis focalisation sur le personnage, dans un coin de la scène ;
  • Mise en place d’une ambiance, puis un personnage agit tout de suite après, contredisant cette ambiance.

Amorce sur une phrase, un contenu textuel

  • Une phrase, une interjection, une pensée insolite, puis l’explication de cette phrase, et la scène s’enclenche en réponse à cette phrase.

Amorce sur un objet

  • Action (même insignifiante) d’un personnage sur un objet longuement décrit, puis élargissement progressif du récit à toute la scène.

Amorce sur un personnage supplémentaire

  • Un personnage connu réfléchit, analyse un nouveau personnage qu’il vient de découvrir précédemment, puis une scène avec ces deux personnages commence ;
  • On est plongés dans les pensées d’un personnage (très secondaire), qui constate quelque chose sur un personnage récurrent. Puis la scène s’engage avec ce personnage récurrent ;
  • Dans le passage précédent, un personnage débouchait dans une scène en cours. Au début du nouveau passage, un autre personnage, déjà présent, voit et analyse cette arrivée.

Amorce sur un jeu de temporalité

  • Ellipse temporelle puis action générale des personnages (« Enfin, au bout de trois mois, vint le dégel. Ils se mirent en route ») ;
  • Ellipse temporelle puis action particulière d’un personnage (« Enfin, au bout de trois mois, vint le dégel. Le premier jour d’avril, Jean-Claude sortit essayer sa nouvelle bouée canard. ») ;
  • Résumé d’une journée en deux phrases (parce qu’elle a été ennuyeuse, décevante, consacrée à autre chose) ; puis « le soir venu » et la scène démarre ;
  • Ellipse sur une routine effectuée pendant quelques temps après un événement crucial (« Jean-Claude savait donc désormais nager sans bouée. Pendant plusieurs semaines, il se rendit au marigot, tous les jours. ») ;
  • Description de la scène figée, en arrêt sur image, un personnage après l’autre, et quand on en a fait le tour, les personnages se mettent en branle.

Et toi, mon bon internaute, quelles sont tes amorces favorites ?


[1] Petite précision qui a son importance : j’entends par “scène” un événement de votre histoire, qui fait participer un certain nombre de personnages et se déroule dans un lieu précis à un moment donné. Dès que l’un de ces éléments change, vous changez de scène (et un nouveau début doit être étudié).

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