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Le meilleur ami de l’écrivain  :
le frigo (coupes de manuscrit)

par | 22 commentaires

Ce que vous allez apprendre dans cet article :

  • Que faire des passages que vous supprimez dans vos textes
  • Apprendre à couper le cœur léger

Que faire des morceaux que vous coupez dans votre manuscrit au moment de la relecture ? Les jeter ? Eh bien non, malheureux !

Je vous vois venir, bande de morfals : vous vous dites « Chic, il va nous parler des meilleures marques de glace ou de pâte à tartiner pour se goinfrer quand on n’a plus d’inspiration ».

Eh bien pas du tout. Sachez que le « frigo » n’a rien à voir avec cet appareil électroménager perpétuellement vide (donc inutile) qui trône dans la cuisine.

Il s’agit du frigo d’écrivain. En d’autres termes, le fichier où échouent tous les morceaux de texte qui ne vont plus nulle part. Le cimetière des repentirs. La boîte à rabiots.

Voici l’historique du concept, et son mode d’emploi.

Difficulté de tailler dans le gras

Quand je travaillais en maison d’édition, une cause régulière d’énervement était les copies qui revenaient de chez les auteurs. Car nos auteurs avaient un mal fou à sabrer dans leur texte. On leur disait très pragmatiquement : « Entre les pages 23 et 42, il y a beaucoup trop de digressions. Il faut enlever 50 % du texte. » La copie revenait avec trois phrases en moins, et nous étions obligés d’imprimer un cahier de plus que prévu, parce que l’auteur ne savait pas tailler dans le gras.

En tant qu’auteur, j’ai eu moi aussi beaucoup de mal à apprendre à « sabrer ». Les regrets sont terribles. On sait qu’une fois appuyé sur Delete, notre belle trouvaille qui nous a coûté une nuit blanche va retourner aux limbes électroniques.
Insoutenable, n’est-ce pas ?

Le problème du gâchis

La dernière chance pour les morceaux coupés dans le manuscrit

La gourmandise est un vilain péché

Je me suis dit : « Au fond, quel est le problème ? Épurer le texte, ça ne me dérange pas. C’est pour son plus grand bien. Non, ce qui me chiffonne, c’est le gâchis. »

Car l’écrivain est un peu grippe-sou de ses mots. Pour ne pas le traiter de vil Harpagon mâtiné d’Écossais étriqué.

Mais si c’était une question de gâchis, il suffisait de ne pas le supprimer, ce texte ! Pourquoi ne pas se servir de ce satané ordinateur, justement, pour garder trace de tous les mots sabrés au champ d’honneur ?
Le fichier « frigo.doc » était né.

Extraits de manuscrit tout prêts

Désormais, je n’ai plus aucune hésitation à trancher dans le vif. Dès que je suis en phase de relecture, j’ouvre mon fichier frigo et hop, que ce soit une phrase, un nom, une scène entière, copier-coller, je mets ça dedans et on n’en parle plus.

Ensuite, quand j’ai besoin de décrire quelque chose que j’ai déjà beaucoup travaillé, par exemple « scène de colère » ou « magie d’invocation », hop, une petite recherche dans le frigo, et voilà un paragraphe tout prêt, frais comme au premier jour.

Et chez les autres ? À chaque fois que j’ai conseillé à un de nos écrivains d’utiliser un frigo, j’ai constaté un gain de sévérité dans ses coups de sabre… Le blocage avait disparu.

Tactique globale

Le fichier « frigo.doc » fait partie d’une petite batterie d’outils tout simples qui me permettent de maîtriser beaucoup mieux mes séances d’écriture. Un « carnet.doc » (où j’essaie, non seulement, de noter tous mes projets, mais aussi d’estimer leur degré de mûrissement), un tableau des rapports entre personnages, des fiches de personnages, une petite playlist pour me mettre dans les ambiances voulues (avant d’écrire)… Peut-être parlerai-je de ces autres accessoires un jour ou l’autre ; demandez-moi celui qui vous intéresse.

Et techniquement, alors ?

Techniquement, le fichier se présente ainsi :

Modèle de « frigo d’écrivain »
Propos Mots-clés Texte
Formule d’adieu adieu départ chagrin Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps
Souvenir du coucher lit mémoire Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n’avais pas le temps de me dire : « Je m’endors. » Et, une demi-heure après, la pensée qu’il était temps de chercher le sommeil m’éveillait ; je voulais poser le volume que je croyais avoir dans les mains et souffler ma lumière ; je n’avais pas cessé en dormant de faire des réflexions sur ce que je venais de lire, mais ces réflexions avaient pris un tour particulier ; il me semblait que j’étais moi-même ce dont parlait l’ouvrage : une église, un quatuor, la rivalité de François Ier et de Charles-Quint.

La première colonne résume le texte. La deuxième ajoute des mots-clés sur l’ambiance, la situation… qui n’apparaissent pas forcément dans le texte. Et la troisième contient le texte.

À la longue, ce tableau prendra des proportions impressionnantes (le mien fait 144 pages). Grâce aux mots-clés, il vous sera possible de naviguer dedans instantanément, par un simple CTRL-F…

Mais attendez, on me dit que les deux extraits cités ont déjà été publiés ? Pas possible ! Je n’aurais pas tenu correctement mon frigo ? Ne faites pas cette erreur : quand vous prenez quelque chose dans le frigo, supprimez-le. Il sera toujours temps de l’y remettre si vous renoncez à cette nouvelle utilisation.


Et toi, gourmand internaute, as-tu un mis en place un système de ce genre ?

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