Ce que vous allez apprendre dans cet article :

  • Utilité des logi­ciels d’aide à l’écriture
  • Les limites à leur fixer
  • L’esprit du logi­ciel Contour
  • Fiche tech­nique

Comment écrire un sce­na­rio ? Si vous cher­chez une méthode d’écriture et de scé­na­ri­sa­tion de romans, essayez Contour, de Mariner Software.

Parmi tous les logi­ciels d’aide à l’écriture, Contour est peut-être le plus utile et le plus proche des attentes d’un auteur de fic­tion. Conçu pour le cinéma et les scé­na­ristes, il est trans­po­sable sans dou­leur au monde de l’écriture de livres. Contour est le seul, à ma connais­sance, qui apporte une aide à la créa­tion de l’intrigue, domaine épi­neux, et sou­vent laissé de côté dans les softs de rédac­tion scénaristique.

Je pré­cise avant qu’on me tombe des­sus que je n’ai jamais reçu un cen­time de l’é­di­teur de ce soft. J’en connais plu­sieurs autres, et j’en par­le­rai peut-être un jour ou l’autre, avec la même impartialité…

Comment écrire un scenario : Contour
Une inter­face simple qui ras­semble toutes les infos. En haut, la chro­no­lo­gie de votre his­toire ; à gauche, un volet pour navi­guer en un clic entre vos scé­na­rios et les modèles four­nis. Au centre, les empla­ce­ments de sai­sie, scène par scène ; à droite, un expli­ca­tif, scène par scène, qui reste affi­ché en permanence.

Comment écrire un scenario : la machine qui remplace le bonhomme ?

Tout d’abord, je veux dis­si­per un cli­ché assez tenace : non, un logi­ciel d’aide à l’écriture comme Contour ou Scenario Pro ne fera jamais le tra­vail à votre place. Il n’imagine pas pour vous, il ne rédige pas pour vous, il ne réflé­chit pas, à votre place, sur votre texte, vos péri­pé­ties, votre vrai­sem­blance etc.
En réa­lité, ces « logi­ciels » sont de simples for­mu­laires de sai­sie dotés d’une jolie présentation.

Quand vous créez un pro­jet avec un de ces pro­grammes, vous vous retrou­vez à la tête d’une série de champs de sai­sie vierges. À côté des champs de sai­sie, un texte d’accompagnement vous explique ce que vous êtes censé ren­trer comme type d’information. « Mais, me direz-vous, où est l’intérêt de la chose ? D’accord, le pro­gramme ne fait pas le bou­lot à ma place, mais il ne fait pas le bou­lot du tout ; je peux me débrouiller sans lui ! »

Oui et non. L’intérêt du soft dépen­dra, jus­te­ment, de la per­ti­nence des petites indi­ca­tions laté­rales, du déroulé du tra­vail, bref, de la méthode d’écriture pro­po­sée.
Pour le dire autre­ment, tout dépend de l’intelligence humaine qui a voulu le logiciel.

Une approche particulière : Contour

De ce point de vue, Contour, de l’éditeur Mariner Software, est un must. Contrairement à ses concur­rents, ce pro­gramme n’est pas écrit par un scé­na­riste de renom, qui ima­gine une méthode d’écriture à par­tir de sa car­rière dans le cinéma.
Ici, la démarche est beau­coup moins « sen­ti­men­tale » : les concep­teurs sont par­tis de sources objec­tives. Ils ont passé à la mou­li­nette toutes sortes de films (American Beauty, Kug Fu Panda, Liar Liar, Panic Room, Se7en, pour n’en citer qu’une toute petite par­tie). Ils ont cher­ché le schéma nar­ra­tif com­mun à tous ces films.
Et ils l’ont trouvé ! Ils en ont tiré une trame exem­plaire, une sorte de cane­vas, qui fonc­tionne aussi bien pour des romances que pour des films d’horreur, pour des road-movies que pour des films de vam­pires…
Le sys­tème Contour vous offre tout sim­ple­ment de réap­pli­quer ce cane­vas géné­ral à votre pro­jet à vous.

Ronchonnements

Ah ah ! J’en entends qui ron­chonnent tout au fond : « Sacrilège ! Formatage ! Et la liberté de créer ? Et l’imagination ? Moi vivant, mon texte ne ren­trera jamais dans un moule ! » Je crois même avoir entendu « Voilà une méthode pour écrire toutes les his­toires sur un même modèle américain ! »

Il me faut donc pré­ci­ser un tan­ti­net les choses :

  • D’abord, per­sonne ne vous oblige à suivre point par point la méthode Contour (ou n’importe quelle méthode d’ailleurs). C’est un logi­ciel d’aide à l’écriture, regar­dez-le comme un point d’appui, un outil. Utilisez-le lorsque vous êtes coincé dans votre intrigue, ou trou­vez une autre source d’idées. Le vrai créa­teur apprend l’usage d’un nou­vel outil “au cas où”, mais il décide quand l’employer ou pas. Le geste qui fabrique est incons­cient, spon­tané ; la main ne se dit pas qu’elle tient un mar­teau, un maillet, une masse, un burin ou une gouge, ce qui compte est la sculpture.
  • Bien sûr, la méthode Contour fonc­tionne pour un seul type de roman ou de scé­na­rio fil­mique. Elle ne col­le­rait pas, par exemple, aux romans russes, avec leurs dizaines de per­son­nages prin­ci­paux, ni aux romans japo­nais, qui accu­mulent des cas­cades d’événements sans les racon­ter à fond. En revanche, la méthode est par­faite pour toutes les his­toires d’aventure “occi­den­tales” : celles où un héros tra­verse des péri­pé­ties avant d’atteindre le but qu’il s’est fixé. Ce type d’histoire n’est pas amé­ri­cain, pas vrai­ment occi­den­tal non plus : on le retrouve dans les contes, les récits ori­gi­nels du monde entier.

Car c’est là, à mon avis, que se trouve tout l’intérêt de Contour : il ne décrit pas une seule espèce d’histoire, même très répan­due dans nos cultures ; il décrit l’histoire-type, telle qu’elle a été affi­née par des siècles de contes, de récits, de sagas ; la fic­tion telle qu’elle nous parle, telle qu’elle résonne au plus pro­fond de nous, là où les mots ne pénètrent même pas. Elle parle à notre cer­veau, à la zone « aven­tu­reuse » de notre cer­veau, elle lui offre ce qui, inex­pli­ca­ble­ment, lui plaît. Voilà pour­quoi, d’après moi, cette méthode toute bête est un outil puis­sant pour qui veut racon­ter des his­toires : elle fait vibrer l’humain en nous.

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Le sus­pense décor­ti­qué
Luke Skywalker à un moment-clé de La guerre des Étoiles.

Les quatre stades du héros

Voilà pour les prin­cipes. Un peu de tech­nique, maintenant.

Quand vous démar­rez un pro­jet vierge, Contour com­mence, assez natu­rel­le­ment, par vous inter­ro­ger sur les buts de votre héros. Ce sont ces buts qui four­ni­ront la ten­sion dra­ma­tique à votre his­toire ; il s’agit donc de les défi­nir aux petits oignons.
Ensuite, vous com­men­cez à com­po­ser votre his­toire. Celle-ci sera vir­tuel­le­ment décou­pée en 4 actes, au cours des­quels votre héros pas­sera par 4 états SYMBOLIQUES suc­ces­sifs : orphe­lin, errant, com­bat­tant et martyr.

  • Orphelin : votre per­son­nage, d’une manière ou d’une autre, est un isolé, un être soli­taire. On reste dans le sym­bo­lique, bien sûr : rien ne vous empêche d’en faire un joyeux rigolo qui a de bons copains dans la ville entière. Mais il vivra, d’une manière ou d’une autre, des moments de soli­tude, durant les­quels il se retrou­vera face à sa singularité.
  • Errant : Lorsque les choses sont posées, votre héros peut se mettre en route. Cette errance, là aussi, peut se jouer sur le plan sym­bo­lique. L’important est que votre per­son­nage va pro­gres­ser vers son but, et emma­ga­si­ner infor­ma­tions, rela­tions et sagesse, pour entrer dans l’état suivant…
  • Combattant : Le héros a accu­mulé assez d’éléments pour atteindre son but. Il entre dans la phase de lutte, où il se confronte avec les obs­tacles et les adversaires.
  • Martyr  : il arrive un moment où votre héros a épuisé tous ses atouts, et où le but reste à atteindre. C’est le point d’orgue dra­ma­tique. Le per­son­nage doit renon­cer, aban­don­ner, se renier, pour enfin triom­pher. La fin peut indif­fé­rem­ment être tra­gique ou heu­reuse ; simple ques­tion de dosage. Avec cette der­nière phase, on se trouve peut-être plus dans une pers­pec­tive “amé­ri­caine”, mais il est tout à fait pos­sible de la rem­pla­cer par autre chose qu’un mar­tyr, même sym­bo­lique ; l’important est de pous­ser son per­son­nage à son maxi­mum, de faire en sorte que le dénoue­ment soit un sou­la­ge­ment vis­cé­ral pour le lecteur.

Voilà pour la tech­nique géné­rale. Avec le logi­ciel, le tra­vail scé­na­ris­tique peut se décli­ner de manière très fine.


Et toi, sémillant inter­naute, es-tu déjà un usa­ger de Contour, ou d’un autre soft d’aide à l’écriture ?


Fiche technique (v 1.0)

Pour PC et Macintosh

Version démo 30 jours : gra­tuit (lien « down­load trial »)

Licence d’utilisation : 39,95 $

Espace disque néces­saire : envi­ron 16 Mo

Les plus

  • approche prag­ma­tique du scé­na­rio, bâtie sur une théo­rie empirique
  • ins­tal­la­tion légère, inter­face simple et pro
  • vos scé­na­rios expor­tables en pdf (y com­pris dans la démo)

Les moins

  • en anglais
  • fonc­tionne pour un seul grand schéma narratif
  • les exemples four­nis ne sont pas tous aussi convain­cants (ce que je trouve pour ma part rassurant)
  • quelques bugs d’ergonomie

8 commentaire

  1. Estampe says:

    Je me suis sou­vent poser la ques­tion de savoir si ce genre de logi­ciel me conve­nait. J’avais, comme tu l’as anti­cipé, peur de finir en quatre-quarts dans un moule ther­mo­stat 7. J’adore les fours mais lorsqu’ils sont « petits » et accom­pa­gnés d’un vin blanc sec (un Cheverny par exemple).
    Je me range du côté des Russes pour mon écri­ture (le Boulgakov du « Maître et Marguerite »), le talent en moins tout de même. Curieusement, en écri­vant, je lance une aven­ture avec 1 ou 2 héros puis moults per­son­nages qui sont là pour le pous­ser dans ses retran­che­ments. Ce sont ceux que j’appelle « les for­ceurs de destins ».
    Est-ce que « Contour » est adapté à cela ?
    Bien à toi

    1. Je pense que Contour peut t’aider, car ce pro­gramme se contente de te four­nir un cadre pour faire pro­gres­ser régu­liè­re­ment ton his­toire. Il t’indique que le héros doit subir un revers, rele­ver la tête etc, et com­ment tout ceci s’enchaîne grosso modo. Libre à toi de trou­ver dans quelles cir­cons­tances, avec quelle inten­sité etc. Libre à toi aussi de sor­tir du schéma, autant de fois que tu veux.
      Pour moi, Contour est sur­tout un pro­gramme qui per­met de ne rien oublier dans son intrigue, et d’avoir une pro­gres­sion convain­cante du sus­pense. Les gens qui écrivent veulent faire ceci sans aide, et le résul­tat est rare­ment réussi du pre­mier coup. Il me semble que pour ces pro­blèmes d’écriture-là, c’est plu­tôt une bonne chose d’avoir un cadre auquel se référer.

  2. Estampe says:

    Merci pour ta réponse.

    Si j’en suis déjà à la moi­tié du roman, juges-tu que cela est trop tard pour cet opus ? (De plus il s’agit du roman épistolaire…).

    J’ai entendu parlé de « Scriverner » et d’« Ulysses ».

    Ps. : déjà 150 ventes de « Tirons-Nous ! » Maintenant il faut que je fasses de la pub, mais là je suis nul !

    1. Tout dépend de ton temps, de ta moti­va­tion. Pour ma part, quand j’ai décou­vert Contour, j’ai repris à zéro le roman que je tra­vaillais depuis déjà un bon moment. Je me suis amusé à impri­mer et à col­ler le tableau chro­no­lo­gique des évé­ne­ments issu de cette nou­velle mou­ture : déroulé, la chose était plus haute que moi ! Certes je suis plu­tôt trapu.

      « Maintenant il faut que je fasse de la pub, mais là je suis nul ! »

      Je t’ai un peu aidé dans la mesure de mes modestes moyens. 150 ex., ce n’est déjà pas mal, si tu fais tout tout seul !

  3. « D’excellents romans et récits ont été écrits bien long­temps avant qu’il y ait des livres sur la struc­ture des his­toires. Le modèle des mythes et des contes mer­veilleux a été recréé à maintes reprises au fil des siècles et dans le monde entier. Le rythme de ces his­toires qui frappent notre ima­gi­naire ne reflète pas des ten­dances mar­ke­ting, mais notre lutte col­lec­tive par la vie. Si cer­taines choses font pro­fon­dé­ment écho en nous, c’est parce qu’elles exposent nos luttes inté­rieures. La struc­ture n’est pas pri­son, ser­vez-vous seule­ment de ces trucs et astuces comme d’un plan, mais pui­sez dans votre for inté­rieur pour trou­ver la route. La décou­verte de cette route est la par­tie la plus agréable de l’écriture. » (Peder Hill, pro­fes­seur d’anglais et de scé­na­ri­sa­tion, roman­cier, musicien)

    http://www.ecriturecreative.net/techniques-d-ecriture-creative/la-structure-en-trois-actes‑d%E2%80%99une-intrigue/

  4. Selgan says:

    Je ne connais­sais pas Contour, et je vais m’empresser d’y regar­der de plus près.

    Je connais deux autres pro­grammes que j’ai uti­lisé qui peuvent inté­res­ser cer­tains. Rappelons que ces pro­grammes ne sont que des inter­faces de sai­sie et d’organisation des élé­ments de votre roman. L’écrivain ; c’est vous ! L’imagination, vous l’avez ou pas. Si vous ne l’avez pas aucun logi­ciel ne pourra vous aider. Ceci posé, comme vous l’avez d’ailleurs fort jus­te­ment dit vous même, j’ai testé Phraseo et Ywriter dont je me pro­pose de vous dire deux mots.

    Phraseo, tout d’abord. Plutôt bien conçu, mais vieillis­sant, et plus mis à jour ni sup­porté par la mai­son qui conti­nue à le com­mer­cia­li­ser, il peut-être utile grâce à son module métho­do­lo­gique qui apporte une aide véri­table à la rédac­tion d’un roman. Le module métho­do­lo­gique est, pour sim­pli­fier, un ensemble de champs à ren­sei­gner qui dif­fèrent selon la caté­go­rie (par­tie, cha­pitre, per­son­nage). Les ques­tions qui sont posées pour aider à com­plé­ter ces champs sont très bien pen­sées et four­nissent une aide à la créa­tion d’une intrigue, comme d’un per­son­nage. En revanche ce type d’aide ne convient pas à tous. Son seul défaut : son prix. Ce logi­ciel devrait être dif­fusé en « aban­don­ware » ou sa struc­ture être reprise pour ser­vir de base au déve­lop­pe­ment d’un logi­ciel libre. En effet, vu son obso­les­cence, les bugs qu’il pro­voque sont pénibles. Au final, je regrette mon argent.

    Ywriter a lui été créé par un écri­vain amé­ri­cain et est gra­tuit. Moins sophis­ti­qué que Phraseo il per­met d’organiser ses idées et de les développer.

    Après m’être servi très long­temps de Phraseo, et avoir testé Ywriter, j’ai aban­donné ces logi­ciels et ne me sert plus que de LibreOffice.

    1. J’ai creusé la ques­tion de Ywriter à une époque. Je connais Phraseo mais je ne l’ai jamais uti­lisé. Le pre­mier est un trai­te­ment de texte, si je ne m’abuse ? (tout comme LibreOffice)

      Merci de rap­pe­ler ce que vous dites sur la fonc­tion d’outil des logi­ciels. Bon nombre d’écrivains ont ten­dance à reje­ter tout ceci sans même réflé­chir, sans même essayer, sous pré­texte que la machine tue l’inspiration…

  5. Nicolas Kempf says:

    « D’excellents romans et récits ont été écrits bien long­temps avant qu’il y ait des livres sur la struc­ture des his­toires. Le modèle des mythes et des contes mer­veilleux a été recréé à maintes reprises au fil des siècles et dans le monde entier. Le rythme de ces his­toires qui frappent notre ima­gi­naire ne reflète pas des ten­dances mar­ke­ting, mais notre lutte col­lec­tive par la vie. Si cer­taines choses font pro­fon­dé­ment écho en nous, c’est parce qu’elles exposent nos luttes inté­rieures. La struc­ture n’est pas pri­son, ser­vez-vous seule­ment de ces trucs et astuces comme d’un plan, mais pui­sez dans votre for inté­rieur pour trou­ver la route. La décou­verte de cette route est la par­tie la plus agréable de l’écriture. » (Peder Hill, pro­fes­seur d’anglais et de scé­na­ri­sa­tion, roman­cier, musicien)

    http://www.ecriturecreative.net/tec

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