Freakshow !, Xavier Mauméjean
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Le Club van Helsing (CVH pour les intimes) est une intéressante collection publiée chez Baleine. Reprenant l’idée du “Poulpe” dans un contexte nettement plus fantastique, elle a pour principe de mettre en scène un monstre et un chasseur (et un écrivain pour raconter le tout). Les “chasseurs” en question sont les membres du “Club van Helsing”, une sorte de société royale londonienne, conduite par un descendant du célèbre adversaire de Dracula.
Comme il arrive toujours dans les collections à “bible”, la qualité des opus est inégale. J’ai lu précédemment Mickey Monster, de Bretin et Bonzon, que j’ai trouvé sympathique. [1]
Freakshow ! est censé être le dernier tome de la première saison du CVH. Celui où tout se résout, et où les mystères de la saison 2 sont semés dans l’esprit du lecteur.
Or, je trouve que, comme fin de cycle, et comme histoire d’ailleurs, ce petit volume est fort loin de tenir la route.
Le principe de ce CVH n°8 est tout à fait recevable : BASTON ! En effet, alors que les opus précédents (me semble-t-il, je ne les ai pas tous lus) racontent une traque, une lutte seul à seul, un duel entre l’Homme et la Chose, nous avons ici une invasion de monstres. La république des affreux attaque le sanctuaire londonien du club.

- Welcome to the Freakshow !
Ceux-ci sont emmenés par une sorte de “meneur de monstres”, le légendaire Barnum, aidé par ses freaks favoris, le général Tom Pouce, Anna Bates et consorts. Les personnages que le lecteur a appris à connaître, et à aimer, dans les ouvrages précédents, vont tous passer un sale quart d’heure. Van Helsing relève le gant, et combat à son tour les abominations ; il ira jusque dans leur repaire, Clocktown, quelque part dans la cambrousse américaine.
Pour le moment, me direz-vous, pas de quoi rendre sa carte de bibliothèque. Et vous avez raison. La trame, très simple, tient la route, l’approche est dantesque, bref, que du bon.
Mais voici que se profilent les détails. Et les détails, eux, grippent et grincent et coincent de partout. Car le Diable, tous ceux qui écrivent le savent, est dans les détails…
Je relève, à la lecture de Freakshow !, 6 faiblesses que je crois utile de lister ici. Non pas pour accabler Xavier Mauméjean, qui a me semble-t-il écrit de très bonnes choses, mais pour servir un peu aux jeunes auteurs qui traînent par milliers sur ce blog (!)
- Placement de marque : « L’un des Lycans tira de son sac un ordinateur portable Sony VAIO » ; « Hugo prit son Iphone » : qu’est-ce qui est commun à ces deux phrases, et à beaucoup d’autres dans Freakshow ! ? Un placement de marque pénible, certes, car gratuit, mais surtout un manque de vision pour l’avenir. Que diriez-vous si vous trouviez, en lisant un bon James Bond des années 80 : « 007 ouvrit le panneau secret du bureau, et s’installa devant son Teletel 3V dernier cri. » Voilà ce qui se passe quand on veut en faire trop…
- La réplique qui tue : d’accord, un récit moderne doit être un peu enlevé, un peu clin d’œil, avec de l’ironie et des fins de chapitre qui claquent. Mais le « Joyeux Noël » que lance un personnage à un autre, alors que tous les deux sont dans une m… noire, sent franchement le réchauffé. Sans trop chercher, je citerai Gremlins, Maman j’ai raté l’avion, Attrape-moi si tu peux… Sans parler de dans tous les polars américains où un flic est appelé parce qu’il y a un macchabée au pied du sapin : à tous les coups, l’assistant lui dira « Au fait, commissaire… Joyeux Noël ! »
Et puis tiens, Noël, pourquoi pas ? Voyons un peu. Les membres du club sont invités à l’arbre de Noël du grand patron. Voilà pourquoi ils sont tous réunis, et que les méchants vont pouvoir leur tomber dessus en groupe. Mais franchement, quand on les connaît un peu, ces durs à cuire revenus de tout, on se demande vraiment ce qu’ils fichent à la petite fête ! La scène est interrompue par l’arrivée des freaks, mais je me demande ce qui se serait passé autrement : je vois mal Mendez, le navy seal, trépigner pour avoir son cadeau, ou Tatiana, l’exécutrice soviétique, entonner Minuit, chrétiens. Bref, cette fête de Noël ressemble un peu trop fortement à un prétexte pour démarrer le récit.
- Tout ça pour ça : Pendant une bonne partie du livre, un des chasseurs, James Citrin, va se démener pour le compte du boss. Il va d’abord mener l’enquête sur Aidan Most (voir plus bas), et ensuite, il va essayer de procurer des armes et des mercenaires au patron, en vue de la grande baston finale. Et il se débrouille plutôt bien, James : armes automatiques pour tout le monde, mercenaires avec exo-squelettes et systèmes d’invisibilité, drones de combat, missiles tactiques… les monstres n’ont plus qu’à aller se planquer sous le lit. Donc, le grand moment arrive, les mercenaires sautent sur Clocktown, et qu’est-ce qui leur arrive ? Un des chasseurs leur ordonne p. 179 : « Vous et vos hommes, tenez le centre-ville. » Et c’est tout. Exit les mercenaires, les drones et toute la quincaillerie. Je vous jure que c’est vrai ! Tout ça pour ça.
- Name dropping : sur un autre site, Freakshow ! a été salué pour ses chouettes digressions : une sur Lenny Kravitz, une sur Barnum… Et même, si l’on va un peu plus loin, tout l’épisode Aidan Most, sympathique clin d’œil à Alan Moore, ne sert à rien. Most est censé avoir un don de “prescience dessinatrice” : il dessine les choses en BD, et elles se produisent. C’est lui, travaillant pour le méchant Barnum, qui aurait “dessiné”, donc organisé, l’attaque du Club du début du livre. Sauf qu’on se demande ce que ça peut bien changer à la scène initiale. Un fiasco, c’est un fiasco, non ? Vers la fin du livre, on apprend que, peut-être bien, ce “prescient” ne serait qu’un imposteur. Double coup pour rien, donc, de la part de l’auteur.
- T’étais où, oùoùoùoù ? Pendant l’attaque du club, des commandos de loups-garous menés par des vampires [2] se jettent sauvagement sur tout ce qui ressemble à un “gentil”. Sauf sur van Helsing. Obéissant à un ordre tacite. Admettons. Et que fait alors Hugo van Helsing, le fléau suprême de l’engeance monstrueuse ? Armé jusque aux dents, en position favorable, et voyant ses compagnons tomber comme des mouches ? Rien.
- Histoire sans fin : Je ne vais pas gâcher la fin pour ceux qui auraient quand même envie de lire ce livre. Disons que le héros, qui a montré durant toute l’histoire une froideur et une réserve qui ressemble fort à de l’indifférence, est confronté à un choix cornélien. Il fait, au bout d’un suspense haletant de dix lignes, le choix le moins évident, et toute l’histoire s’inverse, et s’achève. Fin de la saison 1. Ce qui promet, vous l’avez peut-être deviné, de belles divergences d’opinion entre le chef et ses subordonnés dans la saison 2. Mais en attendant, comme on n’a jamais vraiment su ce que pensait le héros, comme on ne l’a jamais vu déchiré, contraint, ni même surpris par ce qui se passait, son Grand Choix Final, on en a un peu rien à cirer.
Je ne veux pas trop m’avancer, mais il me semble que l’histoire voulue par X. Mauméjean a souffert dès le départ de plusieurs contraintes, qui se sont avérées trop fortes :
- écrire une histoire réunissant des personnages disparates et récurrents -> traitement superficiel, rôles de potiches ;
- le placement de l’histoire dans un cycle : (saison 1-2) -> difficulté de la rendre indépendante, intéressante pour elle-même ;
- volume de texte extrêmement réduit -> impossibilité de raconter les choses avec un minimum de cohérence.
Pour finir, je résumerai donc simplement les quelques leçons que l’on peut tirer, je crois, de ce relatif ratage :
- Éviter d’en “faire trop” : attention aux effets spécieux ;
- Se méfier des gags trop évidents ;
- Refermer avant la fin de l’histoire toutes les portes qui ont été ouvertes ;
- Travailler les personnages, même s’ils sont censés être connus.
Et vous, avez-vous lu Freakshow ! ?
Quelles ont été vos impressions ?
Livre disponible à la vente ici (par exemple).
[1] n’eût été la fin, mal raccordée au thème principal, mais ne boudons pas notre plaisir.
[2] Ce qui semble de la dernière inconvenance : le narrateur n’en revient pas.

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