« La sélection naturelle est surtout humaine », par Clementh

samedi 21 avril 2012
par  Nicolas Kempf
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Diagnostic

Dans la « vraie vie », je conseille les écrivains sur des manuscrits complets, et je les accompagne dans leur recherche d’une maison d’édition.
Sur ce blog, vous pouvez me soumettre un texte court (conditions ici). Je le lis, et je vous donne un avis professionnel pour vous aider à progresser.

N’oubliez pas de visiter tous les onglets de cet article !!

Diagnostic

Un texte plein d’allant, mais malheureusement pas du tout fictionnel. Un travail sur l’attitude (réflexion, décantation) serait nécessaire : « quelle est la meilleure façon de servir mon propos ? »
Les plus

  • de l’enthousiasme
  • de la conviction

Les moins

  • Ce n’est pas une nouvelle
  • La subjectivité sera toujours plus faible que l’objectivité...

Avis de lecture

Tout d’abord, je te remercie, Clementh, de m’avoir proposé ce texte, tout comme je remercie ceux qui m’envoient régulièrement des extraits pour figurer dans l’atelier-conseil.

Ton texte est convaincu, énergique, mais il rate je pense en grande partie son objectif, et je vais t’expliquer pourquoi.
En effet, tu me dis dans ton message d’accompagnement avoir écrit ce texte pour un concours de nouvelles. Or, ta production ne rejoint pas du tout le genre « nouvelle ». Je ne sais pas quel a été le verdict, mais je suppose fortement que « La sélection naturelle... » n’a pas été bien loin dans les débats de ton jury.
Tu nous offres là un texte de réflexion, et non pas pas de fiction. On pourrait éventuellement débattre sur la validité des idées que tu avances, mais ce n’est pas le lieu : je m’interdis de critiquer les idées, c’est ta liberté d’auteur.

Voici donc quelques principes à avoir en tête quand tu rédiges une nouvelle littéraire ; principes que beaucoup d’entre nous, je dois dire, gagneraient à se remettre en tête...

  • une nouvelle est un texte de fiction : comme un roman, elle raconte une histoire et fait un détour par l’imaginaire (personnages inventés, situations, lieux inventés...)
  • une nouvelle doit être courte. Quelle longueur ? Difficile à dire. Les fragments de Kafka font quelques lignes, et l’Eternel mari de Dostoïevski, dans son esprit, était une nouvelle ; il fait une centaine de pages en poche. Bref, « courte ». En ce qui te concerne, pas de problème, tu as su faire court... même si je doute que tu arriverais à tenir ce volume-là si tu écrivais de la fiction.
  • une nouvelle se termine sur une chute. Surprise, confirmation, rappel, bon mot, élargissement, révélation, les façons de clore sa nouvelle sont multiples, mais la fin doit être étonnante et achever manifestement le récit.

Clementh, ton cÅ“ur déborde de choses à dire et on le sait, l’enthousiasme est le carburant de l’écrivain. Seulement tu ne sais pas comment les dire, et surtout tu ne prends pas le temps d’y réfléchir. Apprends à prendre ton temps, à te renseigner sur le travail proposé, à te poser des questions, à soupeser les réponses, bref, à construire ton propos. Tu m’as envoyé ce texte, à l’époque, le lendemain de son écriture. C’est bien trop tôt.

Autre exemple d’un manque de réflexion : ton titre. Celui-ci n’interpelle pas, n’intrigue pas. Les titres en forme de phrase sont généralement très plats, très mauvais. Les phrases servent à développer le propos, pas à chapeauter un contenu. A l’inverse, le corps de ton texte contient beaucoup trop de phrases non verbales. Tu te contentes d’énumérer des idées, sans les raccorder entre elles, sans les faire « agir ». La phrase non verbale donne une impression de liste, de dictée. De pas fini. Exerce-toi à employer plus de verbes, à mieux « mettre en scène » ce que tu as à raconter.
Dernier exemple : l’image. Celle que tu m’as fournie est effectivement très belle, mais en qui peux-tu la raccorder au texte ? Elle me semble, pour ma part, taper un peu à côté...

Tu t’es emparé d’un concours de fiction et tu as fait Å“uvre de réflexion ; au fond, pourquoi pas ? Pourtant, je vais te répéter quelque chose que je dis souvent, et que chaque écrivain devrait se graver dans chaque neurone : pour transmettre quelque chose de fort, il faut montrer, pas dire. Pour signifier, par exemple, que l’homme vaut moins que l’animal, il faut le mettre en scène, sans aucun commentaire de ta part, sans faire aucune remarque. Montre les choses telles qu’elles sont (disons, je ne sais pas, la mort d’un zèbre tué par des chasseurs ?), montre les choses telles qu’elles sont, et tes idées deviendront cent fois plus puissantes.

Le texte

« La sélection naturelle est surtout humaine », par Clementh
Naviguer au travers des âmes, s’échapper, trouver, interpréter. Se noyer dans la masse, proposer sa théorie, être pointé du doigt, dénoncé, vulgarisé. Être accepté après sa mort, accueilli parmi les plus grands, vénéré, cité. Charles Darwin, ce grand maître de la biologie, cette référence incontestée, voilà son parcours. Deux théories : évolution et sélection. L’une acceptée de son vivant, il pouvait en profiter pleinement. L’autre attendra quand la mort viendra.

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D’un côté, le monstre, celui aux chaussures en daim, au sac en peau de crocodile et même ses écharpes en opossum. Lui qui habite dans de drôles de maisons, coupant du bois pour sa cheminée et exposant la tête d’un pauvre animal au-dessus de cette dernière. Technologie. Technologie. Conjugué au futur pour son avenir. Préhistoire rimait avec racloir. Aujourd’hui rime avec défouloir. Animaux tués pour survivre, animaux tués pour jouer. Une métamorphose navrante.

De l’autre côté, les créatures innocentes et pauvres en moyens, qui ne peuvent lutter face à l’atrocité. Un cœur pur, une âme dévolue, êtres chassés pour leurs atouts évidents. Elles sont présentes sous des formes diverses, elles volent, nagent, marchent, courent. Mais elles aussi évoluent sans pour autant le vouloir. Les créatures sont contraintes, forcées de se transformer pour survivre un peu plus longtemps, pour s’adapter. Toutefois, elles restent pures, à jamais, dans le seul désir de pouvoir vivre un jour en paix. La pureté, mais aussi la conviction et la détermination, celle de ne jamais devenir comme eux. Pauvres en armes, grandes dans leur cœur.

Une traque sans merci entre l’Homme qui ne mérite pas la majuscule et l’animal qui devrait l’avoir. La supériorité rime avec la médiocrité. Les hommes savent être humbles, à un détail près cependant : ce n’est qu’une facette. Le visage rassurant qui vous est présenté est le même qui vous assomme la fois d’après. Hypocrisie, mensonge, traitrise.

Lâcheté.

C’est pourquoi je suis désolé de vous annoncer que dans cette nouvelle, ces jolis animaux si frêles n’iront jamais rejoindre ces odieux humains tant aigres.


Commentaires

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« La sélection naturelle est surtout humaine », par Clementh
samedi 21 avril 2012 à 09h58 - par  Kanata

Effectivement pas une nouvelle. Dommage, il y a beaucoup à exploiter sur ce thème : http://www.kanatanash.com/ecrits/no...

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samedi 21 avril 2012 à 10h50 - par  Nicolas Kempf

Oui, ton texte est effectivement une bonne approche possible. Si j’avais eu vent de cet AT, j’aurais peut-être écrit un truc qui me trotte dans la tête : et si les animaux devenaient aussi intelligents que nous, et obtenaient les mêmes droits que nous ? S’il fallait composer, au quotidien, avec l’amour-propre, les idéaux, les désirs des chats, des chiens, des oiseaux, des des vers de terre, des fourmis... ?

Et tout cas, je pense que Clementh et toi avez concouru pour le même AT.
Je serais vraiment curieux de voir ce que notre ami pourrait faire en cherchant du côté de la fiction...

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